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TAUPE.
Avec ses yeux minuscules, son museau bien particulier qui lui sert
de trompe, ses pattes griffues, ses gros pieds palmés et
sa longue queue poilue, ce drôle de mammifère, discret
comme nul autre, est longtemps resté méconnu des scientifiques
Nous allons parler d'un représentant bien singulier de la
famille des talpidés, ou taupes. Cette famille assez étrange
compte environ 30 espèces réparties en Europe, en
Asie et en Amérique du Nord. Ces animaux appartiennent à
l'ordre des insectivores, qui, avec quelque 345 espèces,
comprend les musaraignes, les hérissons et les tanrecs, pour
ne citer que les groupes les plus importants.
Les taupes et les desmans ont un corps cylindrique allongé.
Leur museau est long, tubulaire et nu, mis à part des vibrisses
sensorielles. Mais le desman des Pyrénées est sans
aucun doute le mammifère le plus étrange d'Europe.
Long de 25 cm, il pèse une soixantaine de grammes. A l'extrémité
antérieure, on découvre un museau bien particulier,
qui est une sorte de trompe à la mobilité déconcertante,
des pattes griffues, de gros pieds palmés et une longue queue
comprimée et poilue. Les yeux sont minuscules et dissimulés
dans le pelage, et recouverts d'un voile cutané. Il n'y a
pas d'oreille externe, et les taupes et les desmans dépendent
beaucoup du toucher. A cela il faut ajouter que les desmans sont
fort bien adaptés à la nage. Les narines et les oreilles
sont ouvertes, mais peuvent être obturées par un clapet.
De plus, la fourrure est étanche et très douce au
toucher. Pour se déplacer sous l'eau, ce sont essentiellement
les pattes arrière qui fournissent la force de propulsion.
Un nez comme un tuba
Confiné aux torrents pyrénéens, le desman mérite
bien son appartenance à l'ordre des insectivores, puisqu'il
se nourrit de larves d'insectes et de petits gammares (sorte de
crevette d'eau douce). C'est grâce à sa trompe très
mobile qu'il va déloger les insectes pour s'en nourrir. L'animal
dépensant beaucoup d'énergie, sa ration quotidienne
représente chaque jour entre 30% et 50% de son propre poids.
C'est un nageur nocturne qui peut demeurer immergé plusieurs
minutes, utilisant parfois son nez comme tuba pour venir respirer
à la surface. Mais, une fois sorti de l'eau, il doit s'essorer
rapidement et soigneusement, sous peine de mourir de froid. Lorsqu'il
se déplace sur la terre ferme, il est un peu moins à
l'aise, mais il grimpe bien, si nécessaire.
On ne connaît pas grand-chose de la densité et de l'organisation
sociale des populations de desmans. Le desman des Pyrénées
semble être solitaire ou vivre en couple, et occuper de petits
domaines vitaux permanents qu'il marque avec des dépôts
d'excréments. La saison de la reproduction est très
longue, et il y a des accouplements de janvier à mai. Après
une gestation de quatre à cinq semaines, la mère met
bas de un à quatre petits. Seule la femelle s'en occupe,
et le sevrage survient au bout de quatre à cinq semaines,
puis les jeunes se dispersent le long du cours d'eau.
La femelle vit dans un nid, invisible et bien au sec dans une cavité
de la berge. Le nid est tapissé d'herbes et de feuilles,
et souvent il y a un accès par une galerie qui arrive dans
l'eau. La cavité du séjour est la plus haute possible,
tout près de la surface, afin de ne pas être inondée
à l'époque des crues. Il faut reconnaître que
le desman n'est pas un grand constructeur, mais il se débrouille.
La durée moyenne de vie est estimée à 3 ou
4 ans et demi au maximum. On sait qu'on peut le rencontrer entre
400 et plus de 2200 mètres d'altitude, et il est présent
dans tous les départements pyrénéens. Très
sensible aux dérangements, il supporte mal les divers aménagements
des cours d'eau et leur pollution. Ainsi l'aménagement de
barrages ou de retenues d'eau lui est fatal. D'ailleurs cette discrétion
innée fit que le desman resta ignoré des scientifiques
jusqu'en 1810. Heureusement pour lui, car son cousin russe, plus
grand et plus lourd (de 350 à 485 grammes), le desman musqué
ou gros desman de Moscovie, a failli disparaître à
cause de sa fourrure. La taille relativement modeste du desman des
Pyrénées le met à l'abri de ce genre de chasse,
mais sa situation n'est pas très florissante aujourd'hui,
et il semble que toute pollution, même légère,
lui soit fatale. Ainsi ne supporte-t-il pas le sel qu'on utilise
pour déneiger et qui finit souvent dans les cours d'eau!
Comme son observation demeure encore difficile, il y a encore beaucoup
de choses qu'on ne connaît pas très bien sur cette
espèce, et l'on ne peut qu'espérer qu'elle pourra
survivre malgré sa sensibilité.
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