Les Invertébrés se soucient de leur régime ! (06.02.05)
 

Une équipe de chercheurs vient de montrer que les invertébrés prédateurs étaient capables d’ajuster leur régime pour maintenir un bon équilibre nutritif.

D’une manière très générale on admet qu’il y a une différence fondamentale entre les herbivores et omnivores d’un côté et les carnivores de l’autre. Cette différence réside dans le fait que les premiers nommés (herbivores et omnivores) ajustent leur comportement dans le choix de nourriture pour obtenir les ingrédients multiples et nécessaires à leur développement. Les carnivores au contraire vont plutôt se préoccuper de la capture des proies plutôt que de leur contenu nutritionnel. Mais au fur et à mesure que l’on se penche sur cette question, à première vue assez triviale, on découvre des cas un peu particuliers qui ne vont pas forcément dans la bonne direction.

Pour aborder cette question, les chercheurs ont sélectionné 3 espèces d’invertébrés prédateurs polyphages, un coléoptère et 2 araignées. Ces trois espèces ont été sélectionnées pour des raisons tout à fait pratiques, chacune d’elle possède une technique de chasse bien particulière. La première, soit un Coléoptère de la famille des Carabes (Agonum dorsale) chasse en se déplaçant à la surface du sol (donc très mobile). La deuxième espèce, une araignée-loup de la famille des Lycosides (Pardosa prativaga) est une espèce prédatrice pratiquant les embuscades, soit une mobilité plus restreinte que la première espèce. Et enfin la troisième espèce est une araignée construisant une toile et ne se déplaçant que très peu. Les chercheurs ont commencé par manipuler l’état nutritionnel des ces trois espèces en le nourrissant d’abord avec un régime dont le rapport protéines/lipides était soit très élevé soit très bas, puis ils ont suivi après ce traitement les choix alimentaires des individus traités.

Les réponses furent assez surprenantes. Dans le cas du Coléoptère, le choix du type de nourriture après le traitement dépendait clairement de ce qu’il avait mangé. En effet dans le cas où les Coléoptères avaient mangé un peu trop gras, ils préféraient une nourriture plutôt riche en protéines et réciproquement les individus prétraités avec beaucoup de protéines se tournaient préférentiellement vers de la nourriture plus riche en lipides. Donc à première vue les Coléoptères semblent capables de sélectionner de la nourriture plus ou moins riche en lipides ou protéines en fonction de ce qu’ils ont ingurgité auparavant. Pour les araignées, les chercheurs se sont d’abord penchés sur l’araignée-loup en lui offrant des petites mouches du vinaigres (que l’on appelle Drosophiles) qu’ils avaient élevées sur différents milieux plus ou moins riches en protéines ou en lipides. Les petites mouches étaient données vivantes pour que l’araignée soit stimulée à chasser. Ici encore, les araignées testées ont fait preuve d’un choix très clair préférant le contraire de ce qu’elles avaient mangé auparavant en ce qui concernait le rapport protéines/lipides. La troisième et dernière espèce est une espèce vivant plutôt dans les milieux désertiques (Stegodyphus lineatus) et construisant une toile durable au même endroit. Ce qui signifie aussi que les proies arrivent plutôt au hasard et qu’à première vue il est difficile d’avoir un régime équilibré dans ces conditions. Pas de surprise ici aussi les araignées répondent de manière significative en extrayant plus de protéines des proies qui se prennent dans la toile si elles ont été nourries avec des lipides dans le prétraitement et réciproquement. Donc malgré des stratégies de chasse très différentes, imposant différentes contraintes, ces trois espèces sont tout à fait capables de rééquilibrer leur régime alimentaire lorsque ce dernier n’est pas parfaitement balancé. Ainsi malgré l’adage qui voulait que pour une espèce prédatrice c’était plutôt la quantité que la qualité, il semble bien que les prédateurs font très attention à leur ligne et en plus ils réagissent rapidement, les expériences de prétraitement n’ayant eu lieu que durant une courte période (24 à 48h) avant l’expérience de choix.

 

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  Musée cantonal de zoologie
Le 03.03.2005

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