Une
équipe de chercheurs vient de montrer que les invertébrés
prédateurs étaient capables d’ajuster leur
régime pour maintenir un bon équilibre nutritif.
D’une manière
très générale on admet qu’il y a une
différence fondamentale entre les herbivores et omnivores
d’un côté et les carnivores de l’autre.
Cette différence réside dans le fait que les premiers
nommés (herbivores et omnivores) ajustent leur comportement
dans le choix de nourriture pour obtenir les ingrédients
multiples et nécessaires à leur développement.
Les carnivores au contraire vont plutôt se préoccuper
de la capture des proies plutôt que de leur contenu nutritionnel.
Mais au fur et à mesure que l’on se penche sur cette
question, à première vue assez triviale, on découvre
des cas un peu particuliers qui ne vont pas forcément dans
la bonne direction.
Pour aborder
cette question, les chercheurs ont sélectionné 3
espèces d’invertébrés prédateurs
polyphages, un coléoptère et 2 araignées.
Ces trois espèces ont été sélectionnées
pour des raisons tout à fait pratiques, chacune d’elle
possède une technique de chasse bien particulière.
La première, soit un Coléoptère de la famille
des Carabes (Agonum dorsale) chasse en se déplaçant
à la surface du sol (donc très mobile). La deuxième
espèce, une araignée-loup de la famille des Lycosides
(Pardosa prativaga) est une espèce prédatrice pratiquant
les embuscades, soit une mobilité plus restreinte que la
première espèce. Et enfin la troisième espèce
est une araignée construisant une toile et ne se déplaçant
que très peu. Les chercheurs ont commencé par manipuler
l’état nutritionnel des ces trois espèces
en le nourrissant d’abord avec un régime dont le
rapport protéines/lipides était soit très
élevé soit très bas, puis ils ont suivi après
ce traitement les choix alimentaires des individus traités.
Les réponses furent assez surprenantes. Dans le cas du
Coléoptère, le choix du type de nourriture après
le traitement dépendait clairement de ce qu’il avait
mangé. En effet dans le cas où les Coléoptères
avaient mangé un peu trop gras, ils préféraient
une nourriture plutôt riche en protéines et réciproquement
les individus prétraités avec beaucoup de protéines
se tournaient préférentiellement vers de la nourriture
plus riche en lipides. Donc à première vue les Coléoptères
semblent capables de sélectionner de la nourriture plus
ou moins riche en lipides ou protéines en fonction de ce
qu’ils ont ingurgité auparavant. Pour les araignées,
les chercheurs se sont d’abord penchés sur l’araignée-loup
en lui offrant des petites mouches du vinaigres (que l’on
appelle Drosophiles) qu’ils avaient élevées
sur différents milieux plus ou moins riches en protéines
ou en lipides. Les petites mouches étaient données
vivantes pour que l’araignée soit stimulée
à chasser. Ici encore, les araignées testées
ont fait preuve d’un choix très clair préférant
le contraire de ce qu’elles avaient mangé auparavant
en ce qui concernait le rapport protéines/lipides. La troisième
et dernière espèce est une espèce vivant
plutôt dans les milieux désertiques (Stegodyphus
lineatus) et construisant une toile durable au même endroit.
Ce qui signifie aussi que les proies arrivent plutôt au
hasard et qu’à première vue il est difficile
d’avoir un régime équilibré dans ces
conditions. Pas de surprise ici aussi les araignées répondent
de manière significative en extrayant plus de protéines
des proies qui se prennent dans la toile si elles ont été
nourries avec des lipides dans le prétraitement et réciproquement.
Donc malgré des stratégies de chasse très
différentes, imposant différentes contraintes, ces
trois espèces sont tout à fait capables de rééquilibrer
leur régime alimentaire lorsque ce dernier n’est
pas parfaitement balancé. Ainsi malgré l’adage
qui voulait que pour une espèce prédatrice c’était
plutôt la quantité que la qualité, il semble
bien que les prédateurs font très attention à
leur ligne et en plus ils réagissent rapidement, les expériences
de prétraitement n’ayant eu lieu que durant une courte
période (24 à 48h) avant l’expérience
de choix.