Une découverte sensationnelle (09.10.05)
 

Un chercheur suisse travaillant en Afrique du Sud en collaboration avec une équipe internationale vient de montrer que les grands requins blancs sont capables de migrer entre deux continents et de parcourir plus de 20'000 km sous les océans !

Ecrit avec la collaboration de Michael C. Scholl (White Shark Trust)

Si vous êtes déjà venu au Musée cantonal de zoologie à Lausanne, vous ne serez pas resté indifférent au Grand requin blanc pêché le 13 octobre 1956 au large de Sète en mer Méditerranée. Ce spécimen de près de 6 m de longueur (5.89 m), devant peser à sa sortie de l’eau environ 2 tonnes, possédait dans son estomac 2 dauphins de 1.80 de longueur chacun. C’est actuellement le plus grand spécimen de cette espèce directement moulé à partir d’un individu entier.

Mis à l’honneur lors de la récente nuit des Musées, cette espèce est aussi le thème favori de Michael C. Scholl, l’un des rares spécialistes mondiaux du Grand requin blanc. Suisse d’origine, mais passionné de plongée et de requins, Michael, après des études à l’Université de Lausanne, terminées à Aberdeen, a poursuivi ses recherches depuis 1997 en Afrique du Sud. Depuis cette époque il a identifié plus de 1000 spécimens sur les côtes d’Afrique du Sud, dont 30% ont été revus au moins une fois sur des périodes dépassant une année. Mais l’une des questions majeures était de savoir où se déplacent ces animaux lorsqu’ils ne sont pas visibles dans les eaux peu profondes à proximité de l’île de Dyer. Pour apporter des éléments de réponse, une première recherche a été menée en collaboration avec un groupe de scientifiques pour analyser l’ADN de spécimens d’Afrique du Sud, d’Australie et de Nouvelle-Zélande. Les premiers résultats semblaient montrer que les mâles migraient beaucoup, alors que les femelles restaient plus attachées à une zone. Ce type de comportement où l’un des sexes disperse plus que l’autre se rapporte plus à des mammifères marins comme les baleines et les dauphins qu’à des poissons. Mais une autre série de résultat publiés la semaine passée dans la prestigieuse revue américaine Science va bouleverser tout ce que l’on pensait sur cette espèce.

Une femelle de 3.80 m a été marquée à l’aide d’un émetteur satellite le 7 novembre 2003 au large de Gansbaai, proche de la fameuse île de Dyer, au niveau du cap occidental de l’Afrique du Sud. Cet émetteur est d’un type bien particulier puisqu’il enregistre ses données pendant plusieurs mois puis se détache de l’individu et revient en surface. A ce moment les données qu’il a accumulées sont transmises par satellite et recueillies par les chercheurs. Il s’agit notamment de la température, de la profondeur et de la luminosité. Cette dernière mesure permet d’estimer l’heure du lever du jour et du coucher du soleil et d’avoir une estimation de la position de l’animal sur notre planète. Bien que ceci n’ait pas la précision d’un GPS, cela donne tout de même une bonne indication. Donc, après 99 jours, le satellite s’est détaché à 37 km au sud du Golf de Exmouth en Australie occidentale. Ainsi en trois mois cette femelle avait parcouru environ 11'000 km à une vitesse de croisière de 4.7 km/h, ce qui la rapproche des performances du thon connu pour ses déplacements rapides et soutenus. Mais attention le plus extraordinaire est que, six mois plus tard, le 20 août 2004, ce requin connu de Michael depuis plusieurs années est réapparu dans les eaux africaines au même endroit où il avait été marqué l’année précédente. La reconnaissance de ce requin a été faite grâce à la méthode d'identification photographique développée par Michael depuis 1997 pour pouvoir reconnaître tous les spécimens de Grand requin blanc qu’il rencontre. Il s’agit donc d’une première migration transocéanique avec retour, soit un voyage de quelque 22'000 km ! (à suivre)

 

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  Musée cantonal de zoologie
Le 26.10.2005

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