Une baleine à bec, une rareté a fait la une des journaux ! (12.02.06)
 

Le 22 janvier une baleine s’était égarée dans la Tamise à Londres et malheureusement mourait avant de pouvoir être sauvée. Il s’agissait d’une baleine à bec, une espèce peu connue

Rappelez-vous (Le Matin, 22 janvier 2006) une baleine égarée à Londres tenait en haleine bon nombre d’anglais venus assister à son sauvetage. Malheureusement ce cétacé qui mesurait quelque 5 à 6 mètres et pesait quelques tonnes n'a pas supporté d’être sorti de l’eau et mourrait après avoir été installé sur une barge. Mais ce qui n’a pas été relevé était le fait que cette baleine était une espèce de baleine à bec. Or, les baleines à bec figurent parmi les cétacés les moins connus. En fait ces baleines font partie des Cétacés qu’il est rare d’apercevoir. Ainsi certaines espèces n’ont jamais été vues vivantes. La plupart de nos connaissances viennent de l’étude des cadavres échoués retrouvés et dans certains cas de brèves rencontres en mer. Certaines espèces sont certainement rares, mais le problème est surtout qu’elles vivent dans des eaux très profondes et souvent éloignées de la côte. Dès lors le spécimen égaré dans la Tamise ètait tout à fait exceptionnel !

Les baleines à bec forment la famille des Ziphiidés. Ce sont des baleines de taille petite à moyenne allant de 4 m à près de 13 m. Toutes possèdent une particularité en commun, un bec allongé, un maxillaire inférieur proéminent et une denture plus ou moins rudimentaire, ce qui est souvent interprété comme une adaptation à un régime alimentaire spécialisé, essentiellement à base de calmars ou de poissons de grands fonds. On les différencie souvent grâce à la forme et à la denture des mâles. La plupart portent seulement deux ou quatre dents sur le maxillaire inférieur, mais aucune sur le maxillaire supérieur. La plupart des femelles n’ont aucune dent. Seules deux espèces, soit la baleine de Gray et le Tasmacète de Sheperd font exception, les deux sexes possédant des rangées de minuscules dents. Une autre caractéristique est la petite nageoire dorsale très reculée et une nageoire caudale sans échancrure médiane. On compte aujourd’hui une vingtaine d’espèces, mais il est presque certain que d’autres restent à découvrir.
Revenons au spécimen de Londres. Il s’agissait d’une baleine à dent commune appelée aussi Hypérodon arctique (Hyperdoodon ampullatus). C’est l’une des plus grosses baleines à bec, les mâles atteignant 10m et les femelles 8.5 m. La peau est brune à gris foncé, la tête et la partie ventrale étant plus claires. La coloration de l’animal pâlit avec l’âge. La tête possède un bec assez prononcé mais court. L’une des particularités de cette espèce est son côté curieux. En effet ces baleines s’approchent des bateaux en panne. Cette curiosité l’a rendue malheureusement très vulnérable face aux baleiniers norvégiens qui en tuèrent des dizaines de milliers entre 1850 et 1973 !

D’autre part il faut aussi savoir qu’un individu va rester aux côtés d’un compagnon blessé, ce qui facilitait leur capture. Heureusement l’espèce est protégée depuis 1977. Les baleiniers ont calculé les temps de plongée de cette espèce et ont été surpris d’attendre parfois entre 1h et 2h. Mais les temps moyens sont de l’ordre de 14 à 70 minutes. L’Hypérodon arctique se rencontre dans l’Océan atlantique nord, dans l’Océan arctique au nord de l’Islande. Plus au sud, les individus atteignent la baie de Hudson côté Canada et le sud du Portugal côté Europe. Mais ces baleines sont aussi signalées dans la Manche. La plupart des animaux ont été signalés le long des grandes fosses océaniques. La période de reproduction doit avoir lieu aux mois d’octobre et de novembre et les naissances se produisent entre mars et avril, non pas de l’année suivante, mais après une gestation de 17 mois. La maturité sexuelle est atteinte vers l’âge de 8 ans et l’on estime que certains spécimens pourraient atteindre l’âge vénérable de 70 ans. L’Hypérodon arctique est une espèce migratrice. En été les individus se déplacent vers le nord jusqu’aux confins de la banquise puis redescendent au sud à l’approche de l’hiver.

 

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  Musée cantonal de zoologie
Le 21.02.2006

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