Malgré
la très récente découverte sur la migration
transocéanique du grand requin blanc dans l’hémisphère
sud, il reste encore de nombreuses questions à résoudre
Écrit
avec la collaboration de Michael C. Scholl (White Shark Trust)
Aussi spectaculaire
qu’il puisse être, notamment dans ses migrations (voir
chronique de dimanche passé) le grand requin blanc (Carcharodon
carcharias) recèle encore de nombreux secrets que Michael
Scholl tente de percer depuis 1997 en Afrique du Sud. Il faut
savoir que le grand requin blanc occupe le sommet de la pyramide
alimentaire dans les écosystèmes marins qu’il
fréquente. Les principales zones d’abondance de cette
espèce se trouvent dans les eaux côtières
de la Californie et de la Basse Californie, de l’Afrique
du Sud, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande
et même en Méditerranée. L’une des premières
questions qui se pose est de connaître ou au moins d’avoir
une idée des effectifs des populations.
Si vous pensez
qu’il suffit de prendre un bateau, sortir en mer pour compter
les requins que vous apercevrez, vous allez rapidement déchanter
car cela ne vous dira rien ou presque rien car, pour estimer une
population il faut pouvoir identifier les individus. C’est
un travail de longue haleine et Michael a mis au point une méthode
très originale. Cette méthode est basée sur
l’identification des individus par les marques que l’on
trouve sur leur nageoire dorsale. Mais contrairement à
ce que l’on croit toujours, les requins ne nagent que rarement
avec la nageoire dorsale hors de l’eau. La plupart du temps
lorsqu’ils nagent près de la surface de l’eau,
seule quelques centimètres de la nageoire sont visibles.
Pour pouvoir photographier avec précision l’entier
de la nageoire dorsale, les requins sont attirés à
proximité du bateau de recherche à l’aide
d’appâts à base de poissons traînés
à la surface de l’eau. A ce moment le requin fait
surface et la nageoire qui mesure entre 40 et 50 cm de hauteur
est visible et peut être photographiée. Grâce
à ces photos on peut alors repérer toutes les marques
et traces qui serviront à l’identification précise
de cet individu, une méthode similaire aux empreintes digitales
chez nous. Cette méthode présente le grand avantage
d’être non invasive, ce qui n’est pas le cas
de marques colorées que l’on fixerait à l’aide
de harpons et qui assez souvent tombent après quelques
semaines ou quelques mois. A ce jour Michael a identifié
plus de 1000 spécimens en prenant plus de 80'000 photographies
dont 20'000 ont permis de constituer la plus grande base de données
sur l’identification du grand requin blanc, avec quelques
5000 observations de requins. Mais ce qui est aussi intéressant
est que de très nombreux individus ont été
revus à une ou plusieurs reprises dans la baie à
proximité de l’île de Dyer.
Dans son travail
de recherche, Michael a aussi constaté que ces requins
utilisaient la région différemment au cours de l’année:
allant des alentours de l'île de Dyer pendant les mois d'automne
et d'hivers, dans la baie a seulement trois kilomètres
au nord pendant le printemps et l'été, et qu’ils
se retrouvaient pendant quelque temps à proximité
de la plage dans des eaux peu profondes (2 à 3 m) pendant
l'été. Pour quelles raisons les requins viennent-ils
en eaux peu profondes ? Une des hypothèses retenues pourrait
être liée à la reproduction du grand requin
blanc, dont on ne sait quasiment rien. Comme les requins doivent
constamment nager pour ne pas couler et respirer (l’eau
traverse les fentes branchiales situées sur les côtés
de la tête pour amener l’oxygène aux branchies)
on peut imaginer que les accouplements pourraient se dérouler
en eaux peu profondes. Les individus cessant alors de nager ils
pourraient se consacrer à l’accouplement et se poser
sur le fond peu profond sans couler s’ils tentaient cette
manœuvre en eaux profondes. De plus ces eaux étant
très riches en oxygène dû a l'action des vagues,
ils n’auraient pas trop de soucis pour régénérer
leur oxygène suite a cet hypothétique accouplement.
Dans ces eaux on trouve 90% de femelles et comme l’a constaté
Michael, lorsqu’il observe ces individus pendant cette période
il constate plus de traces de morsures, peut être une manifestation
un peu sauvage relatant les ébats amoureux du grand requin
blanc.
Pour en savoir
plus ou pour soutenir activement les recherches de Michael C.
Scholl : http://www.whitesharktrust.org