Mythes et réalités chez les lemmings du Grand-Nord (17.08.03)
 

En 1958, Walt Disney créait de toutes pièces le mythe du suicide collectif des lemmings, la réalité est assez différente...
En 1958 pour la réalisation de son film « White Wilderness » plus connu sous le titre de Nature vivante, Disney et son équipe de réalisateurs importèrent des lemmings qu’ils avaient achetés à des Inuits. Ils les placèrent alors sur de la neige pour les filmer sous tous les angles possibles et surtout pour donner l’illusion d’un mouvement de masse, ils retravaillèrent longtemps les images obtenues. Finalement les pauvres lemmings furent tout simplement transportés au sommet d’une falaise et pour ceux qui se rappellent encore de la scène, on voit des « masses de lemmings » se jeter d’une hauteur impressionnante en une sorte du suicide collectif ! On ne sait pas si Disney lui-même était au courant de ce que le réalisateur de cette scène (James R. Simon) avait fait, mais tout était truqué du début à la fin et il faut admettre que grâce à cette stupidité, le mythe du suicide collectif des lemmings est admis depuis presque une cinquantaine d’années. La réalité est bien différente, mais avant de revenir sur cet aspect, je vous propose de regarde un peu plus en détail la biologie de ces rongeurs du Nord bien particuliers.
Les lemmings appartiennent au grand ordre des rongeurs. Cet ordre qui comprend plus de 1700 espèces se compose de 4 grands groupes les caviomorphes (cobayes et leurs alliés), les hytricomorphes (porcs-épics et leurs alliés), les myomorphes (rats et leurs alliés) et enfin les sciuromorphes (écureuils et leurs alliés). Cette classification est encore sujette à discussion, mais elle permet au moins de mettre un peu d’ordre dans cet ordre très varié. Les lemmings se retrouvent dans le groupe des myomorphes et plus particulièrement de la famille des muridae et mais surtout d la sous-famille des microtinae qui comprend aussi ce que l’on appelle les campagnols. Cette sous-famille comprend quelque 110 espèces dans la distribution est confinée à l’hémisphère nord. Les deux particularités de cette sous-famille sont tout d’abord les effectifs des espèces en proie à des cycles réguliers d’abondance puis de rareté, ensuite ces espèces n’hibernent jamais comme les écureuils terrestres et ne comptent pas sur des réserves de graisse comme l’ours pour passer la mauvaise saison. La plupart des campagnols et des lemmings vivent dans des biotopes recouverts de neige pendant une grande partie de l’année. Ils parviennent à survivre grâce à leur aptitude à creuser des tunnels sous la neige. Pour les espèces localisées très au nord, le long hiver arctique est une période critique pour les lemmings, qui, contrairement à de nombreux rongeurs de la zone tempérée, n'hibernent pas. Il est étonnant que ces petits animaux à sang chaud puissent demeurer actifs durant tout l'hiver arctique sans mourir de froid. La petitesse de leurs appendices (oreilles, pattes et queue) est une adaptation visant à réduire la perte de chaleur, et leur pelage est plus épais en hiver qu'en été. À l'approche de l'hiver, les lemmings construisent à la surface du sol de gros nids circulaires faits de laîche et d'herbes finement déchiquetées, qui leur offrent une isolation supplémentaire lorsqu'ils ne sont pas partis à la recherche de nourriture. La neige offre une isolation essentielle aux lemmings, qui s'alimentent dans l'espace subnival (« sous la neige ») formé entre le sol et la neige et qui ne sortent presque jamais à la surface. Dans l'Extrême Arctique, sans être exactement chaudes (-25°C), les températures à l'interface sol neige sont quand même plus tolérables que celles qui règnent sur la couche de neige, et cet écart est critique pour la survie des lemmings (à suivre)….

 

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  Musée cantonal de zoologie
Le 23.12.2003

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