A la pêche aux écrevisses…. (19.02.06)
 

Le Centre suisse de cartographie à Neuchâtel publie un petit ouvrage pratique sur les écrevisses, dont la situation en Suisse est assez particulière

Ce n’est pas forcément le moment de partir à la pêche aux écrevisses, mais la sortie de presse dans la série Faune Helvetica du Centre Suisse de Cartographie de la Faune à Neuchâtel d’un ouvrage consacré aux écrevisses nous donne l’occasion de parler des plus gros invertébrés de suisses.
Autrefois répandus, puis rares puis à nouveau observé fréquemment les écrevisses semblent en expansion. A première vue une nouvelle réjouissante et pourtant comme vous allez le découvrir, cette relative abondance est due à des espèces invasives, introduites volontairement et qui ont eu et ont toujours des impacts très dommageables sur les espèces locales.

Les écrevisses appartiennent au grand groupe des Crustacés et plus particulièrement à l’ordre des Décapodes qui compte pas moins de 10'000 espèces. En ce qui concerne les écrevisses, on a décrit à ce jour plus de 570 espèces qui se répartissent en trois familles. Tout d’abord les Astacidés et les Cambaridés qui colonisent de petites régions mais sont limités à l’hémisphère nord et enfin la famille des Parasticidés qui occupent l’hémisphère sud. La famille des Astacidés est représentée par 12 espèces présentes en Europe et sur la côte ouest des Etats-Unis et du Canada. En Suisse on trouve 3 espèces locales: l’écrevisse à pattes rouges (Astacus astacus), l’écrevisse à pattes blanches (Austropotamobius pallipes) et l’écrevisse des torrents (Austropotamobius torrentium) et deux espèces introduites: l’écrevisse à pattes grêles (Astacus leptodactylus) et l’écrevisse signal (Pacifascatus leniusculus). La famille des Cambaridés comprend 406 espèces occupant l’Est asiatique et l’est du continent nord-américain. En Suisse, on peut trouver deux espèces introduites, soit l’écrevisse américaine (Orconectes limosus) et l’écrevisse rouge de Louisiane (Procambarus clarkii).

Le principal problème a résidé dans la diminution massive des populations locales d’écrevisses en Europe à cause de la pollution des eaux douces. Face à cela les gestionnaires de la faune ont pensé qu’il serait judicieux de repeupler les milieux aquatiques avec des espèces plus résistantes d’Amérique du Nord. Si à première vue ces introductions d’espèces «exotiques» ont été couronnées de succès, il a bien fallu se rendre compte que cela a aussi accéléré la disparition des espèces autochtones. Il y a deux raisons principales permettant d’expliquer ce désastre. Pour commencer il faut savoir que les espèces américaines sont responsables de transporter un champignon pathogène provoquant la fameuse «peste des écrevisses». Or les espèces invasives ne semblent pas être affectées par ce champignon alors que les populations locales peuvent disparaître en l’espace de quelques semaines. La deuxième raison est encore plus sournoise. Les espèces introduites sont d’une plus grande résistance à la pollution des eaux, mais aussi plus fécondes et avec une croissance plus rapide que les espèces locales. Autant dire que la compétition entre espèces introduites et espèces locales tourne largement à l’avantage des premières. D’autre part comme vous pouvez le remarquer nous sommes en présence d’un cas absolument incroyable où le nombre d’espèces locales est inférieur au nombre d’espèces exotiques introduites. Autant dire que les trois espèces locales sont toutes menacées voire fortement menacées d’extinction. (à suivre)

Fauna Helvetica 15 : Decapoda (Ecrevisses / Flusskrebse) Pascal Stucki & Blaise Zaugg 2005, 56 pages prix 15.- Frs (Notez que l’ouvrage est bilingue français/ allemand et peut être commandé au CSCF, Terreaux 14, 2000 Neuchâtel ou www.cscf.ch

 

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Le 07.03.2006

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