Parmi
les insectes qui pullulent dans le bassin amazonien, la famille
Cherix a rencontré des fourmis hostiles et longues de 3
cm au moins
Lorsque l’on
s’enfonce dans les forêts du bassin amazonien, on
s’imagine que l’on va être attaqué de
toutes parts par de petites et de grosses bêtes. Il n’en
est rien, d’autant plus que les moustiques sont peu abondants
dans les forêts situées le long du Rio Negro. En
effet, les eaux acides limitent leur développement, ce
qui est bien agréable, contrairement à ce que vous
trouverez le long de l’Amazone. Mais, les insectes dominent
dans cet écosystème forestier et les fourmis, les
abeilles, les guêpes et les termites représentent
plus de la moitié de la biomasse! Donc, rapidement, vous
allez découvrir des pistes de fourmis, des tunnels construits
par les termites, des guêpiers, des termitières…
Parmi tout ce monde à six pattes, il existe des fourmis
géantes que les locaux désignent sous le nom de
«tocandiras». Ce terme regroupe au moins deux espèces
de fourmis qui font partie de la sous-famille des Ponerinés.
Cette sous-famille n’est représentée que par
quelques espèces en Suisse, toutes de très petites
tailles et forts discrètes, alors que sous les tropiques,
il existe de très nombreuses espèces dont certaines
atteignent, voire dépassent, 3 cm. Faciles à reconnaître,
les membres de cette sous-famille possèdent un étranglement
visible sur le premier segment de l’abdomen. Revenons aux
«tocandiras». Ce nom résulte de la contraction
de « tucaba-ndy ou tucuna-nga en langue Tupi pour dire «celle
qui fait très mal avec sa partie postérieure».
Cela indique donc clairement que ces fourmis piquent avec un aiguillon
situé au bout de l’abdomen. On parle parfois en anglais
de «bullet ant» allusion à la piqûre
qui fait mal comme une balle de pistolet. Les symptômes
qui suivent la piqûre d’une de ces fourmis géantes
peuvent durer plus d’un jour. La douleur s’étend
depuis l’emplacement de la piqûre, on assiste à
une altération de la respiration, des palpitations cardiaques
et une forte fièvre. Dans certains cas cela peut même
entraîner la mort.
La plus grande de ces espèces s’appelle Dinoponera
gigantea. Les ouvrières, de couleur noire et assez brillantes,
mesurent plus de 3 centimètres. Ces fourmis vivent en petites
colonies de quelques dizaines à quelques centaines d’individus.
Le nid se trouve le plus souvent à la base d’un arbre.
Si par hasard vous frappez cet arbre, en quelques secondes les
fourmis apparaissent et vous observent. Je vous conseille de ne
pas laisser votre main sur l’arbre. Habituellement ces fourmis
ne se rencontrent pas en groupe à l’extérieur
de leur fourmilière. Chaque ouvrière chasse pour
son compte, en solitaire. Compte tenu de leur férocité,
ces fourmis sont utilisées par de nombreuses tribus amazoniennes
dans les cérémonies d’initiation et les rites
liés à la puberté. Souvent les Indiens préparent
une sorte de gant tressé dans lesquel ils introduisent
les fourmis, puis le jeune doit faire entrer sa main et supporter
les nombreuses piqûres sans se plaindre ni, si possible,
mourir. On connaît cependant peu de cas de décès
liés directement à ces fourmis, ce qui ne signifie
pas pour autant qu’il n’y en ait pas !
Une légende indienne raconte que ces fourmis sont à
l’origine d’une liane spécifique appelée
tamshi (Carludovica divergens) utilisée part les Indiens
pour attacher la structure de leur hutte. Suivant la légende
la fourmi mange la graine qui va germer à l’intérieur
et produire une nouvelle liane ou plus simplement la fourmi se
transforme en liane. Cette croyance n’est pas entièrement
dénuée de fondement. En effet, il existe un champignon
myrmécophage du genre Cordyceps spécifique de ce
groupe de fourmis. Le champignon est probablement dévoré
par la fourmi sous forme de spores, puis il se développe
à l’intérieur du corps de la fourmi, les filaments
traversent la cuticule au niveau des zones élastiques (soit
entre les segments du corps) et fixe la fourmi sur le sol ou sur
un végétal. Puis le champignon continue à
se développer et forme et longs filaments qui ressemblent
étrangement à la liane au tout début de son
développement (à
suivre).