En Amazonie, sur la piste des fourmis géantes (21.01.07)

Parmi les insectes qui pullulent dans le bassin amazonien, la famille Cherix a rencontré des fourmis hostiles et longues de 3 cm au moins

Lorsque l’on s’enfonce dans les forêts du bassin amazonien, on s’imagine que l’on va être attaqué de toutes parts par de petites et de grosses bêtes. Il n’en est rien, d’autant plus que les moustiques sont peu abondants dans les forêts situées le long du Rio Negro. En effet, les eaux acides limitent leur développement, ce qui est bien agréable, contrairement à ce que vous trouverez le long de l’Amazone. Mais, les insectes dominent dans cet écosystème forestier et les fourmis, les abeilles, les guêpes et les termites représentent plus de la moitié de la biomasse! Donc, rapidement, vous allez découvrir des pistes de fourmis, des tunnels construits par les termites, des guêpiers, des termitières…

Parmi tout ce monde à six pattes, il existe des fourmis géantes que les locaux désignent sous le nom de «tocandiras». Ce terme regroupe au moins deux espèces de fourmis qui font partie de la sous-famille des Ponerinés. Cette sous-famille n’est représentée que par quelques espèces en Suisse, toutes de très petites tailles et forts discrètes, alors que sous les tropiques, il existe de très nombreuses espèces dont certaines atteignent, voire dépassent, 3 cm. Faciles à reconnaître, les membres de cette sous-famille possèdent un étranglement visible sur le premier segment de l’abdomen. Revenons aux «tocandiras». Ce nom résulte de la contraction de « tucaba-ndy ou tucuna-nga en langue Tupi pour dire «celle qui fait très mal avec sa partie postérieure». Cela indique donc clairement que ces fourmis piquent avec un aiguillon situé au bout de l’abdomen. On parle parfois en anglais de «bullet ant» allusion à la piqûre qui fait mal comme une balle de pistolet. Les symptômes qui suivent la piqûre d’une de ces fourmis géantes peuvent durer plus d’un jour. La douleur s’étend depuis l’emplacement de la piqûre, on assiste à une altération de la respiration, des palpitations cardiaques et une forte fièvre. Dans certains cas cela peut même entraîner la mort.

La plus grande de ces espèces s’appelle Dinoponera gigantea. Les ouvrières, de couleur noire et assez brillantes, mesurent plus de 3 centimètres. Ces fourmis vivent en petites colonies de quelques dizaines à quelques centaines d’individus. Le nid se trouve le plus souvent à la base d’un arbre. Si par hasard vous frappez cet arbre, en quelques secondes les fourmis apparaissent et vous observent. Je vous conseille de ne pas laisser votre main sur l’arbre. Habituellement ces fourmis ne se rencontrent pas en groupe à l’extérieur de leur fourmilière. Chaque ouvrière chasse pour son compte, en solitaire. Compte tenu de leur férocité, ces fourmis sont utilisées par de nombreuses tribus amazoniennes dans les cérémonies d’initiation et les rites liés à la puberté. Souvent les Indiens préparent une sorte de gant tressé dans lesquel ils introduisent les fourmis, puis le jeune doit faire entrer sa main et supporter les nombreuses piqûres sans se plaindre ni, si possible, mourir. On connaît cependant peu de cas de décès liés directement à ces fourmis, ce qui ne signifie pas pour autant qu’il n’y en ait pas !

Une légende indienne raconte que ces fourmis sont à l’origine d’une liane spécifique appelée tamshi (Carludovica divergens) utilisée part les Indiens pour attacher la structure de leur hutte. Suivant la légende la fourmi mange la graine qui va germer à l’intérieur et produire une nouvelle liane ou plus simplement la fourmi se transforme en liane. Cette croyance n’est pas entièrement dénuée de fondement. En effet, il existe un champignon myrmécophage du genre Cordyceps spécifique de ce groupe de fourmis. Le champignon est probablement dévoré par la fourmi sous forme de spores, puis il se développe à l’intérieur du corps de la fourmi, les filaments traversent la cuticule au niveau des zones élastiques (soit entre les segments du corps) et fixe la fourmi sur le sol ou sur un végétal. Puis le champignon continue à se développer et forme et longs filaments qui ressemblent étrangement à la liane au tout début de son développement
(à suivre).

 

une rubrique publiée par

  Musée cantonal de zoologie
Le 06.02.2007

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