A la pêche aux écrevisses…. (suite) (26.02.06)

Quelle est la situation de nos espèces indigènes et face à leur régression que peut –on faire?

Comme nous l’avons vu dimanche passé, les écrevisses indigènes, représentées par trois espèces sont fortement menacées par les espèces introduites. De nombreux pays européens ont mis en place différentes mesures de protection dont la principale est de réaliser des sanctuaires. En gros il s’agit de surfaces aquatiques de grande taille où la présence d’écrevisses exotiques est complètement prohibée. Si à première vue, cela semble une bonne idée, malheureusement elle ne semble pas applicable en Suisse. En effet, l’isolement et la fragmentation des populations indigènes rendent cette méthode inapplicable.

En revanche d’autres mesures pourraient être mise en place si nous ne voulons pas assister à la disparition de nos trois espèces rapidement. Cela va demander un peu de temps et un peu d’argent, mais compte tenu des connaissances actuelles sur la distribution des écrevisses en Suisse (voir l’ouvrage du Centre Suisse de Cartographie de la Faune sur les écrevisses qui vient de paraître), c’est une excellente opportunité pour assurer la survie d’espèces aquatiques originales et fascinantes. Parmi ces mesures on peut noter l’entretien et la revitalisation des sites potentiellement propices au développement de nos espèces indigènes, la lutte contre l’introduction illégale des espèces exotiques dans le milieu naturel et d’empêcher l’expansion de leurs populations lorsqu’elles sont déjà établies. Grâce à un travail de bénédiction, ce sont au niveau suisse plus de 3240 sites qui ont été répertoriés de 1960 à 2004. Ces données proviennent principalement d’échantillonnages effectués dans le cadre d’inventaires cantonaux, de recherches scientifiques ou d’expertises. Sur ces 3240 sites, 65% contenaient ou avaient contenus des écrevisses soit 2102 sites. Regardons un petit peu en détail la situation de nos trois espèces indigènes.

L’écrevisse à pattes rouges est présent dans 668 sites, soit 54% des plans d’eau et 22% des cours d’eau. Cette espèce est encore assez largement répandue en plaine mais est absente au sud des Alpe. L’espèce est actuellement en régression et est très sensible aux pollutions chimiques et à la peste des écrevisses. Pour assurer sa conservation, il conviendrait de gérer au mieux les populations présentes dans les plans d’eau isolés et qui ont moins de chances d’être colonisés par des espèces exotiques. L’écrevisse à pattes blanches n’a été recensée que dans 703 sites, soit 7% des plans d’eau et 45% des cours d’eau. Cette espèce peut se rencontrer jusqu’à 1400 m d’altitude en Valais, mais elle est absente du nord-est de la Suisse. Aujourd’hui on peut dire que cette espèce est en forte régression. De nombreuses populations ont disparu durant les dernières décennies. D’autre part celles qui subsistent ont des effectifs assez faibles. Les principales menaces sur cette espèce sont toujours la correction des eaux et l’aménagement des berges ajouté à sa sensibilité à la peste des écrevisses, transmise par les espèces exotiques. Aujourd’hui il faut avoir un œil très attentif sur les dernières grandes populations de cette espèce qui devraient servir de populations réservoirs. Troisième et dernière espèce indigène, l’écrevisse des torrents est inféodée aux régions de moyenne montagne d’Europe. Au total, seuls 271 sites occupés par cette espèce ont été recensés en Suisse, soit 7% des plans d’eau et 15% des cours d’eau. De plus, cette espèce est limitée à la partie orientale de la Suisse. Il s’agit d’une espèce fortement menacée et en voie de régression. Sa forte sensibilité à la peste des écrevisses, ainsi qu’à l’augmentation de la charge organique dans l’eau peuvent conduire rapidement à l’extinction d’une population. Pour assurer sa survie il sera donc impératif de tenir compte des besoins de l’espèce lors de tous travaux d’aménagement ou de revitalisation le long des cours d’eau. (dimanche prochain suite et fin : la peste des écrevisses).


 

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  Musée cantonal de zoologie
Le 14.03.2006

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