Quelle
est la situation de nos espèces indigènes et face
à leur régression que peut –on faire?
Comme nous
l’avons vu dimanche passé, les écrevisses
indigènes, représentées par trois espèces
sont fortement menacées par les espèces introduites.
De nombreux pays européens ont mis en place différentes
mesures de protection dont la principale est de réaliser
des sanctuaires. En gros il s’agit de surfaces aquatiques
de grande taille où la présence d’écrevisses
exotiques est complètement prohibée. Si à
première vue, cela semble une bonne idée, malheureusement
elle ne semble pas applicable en Suisse. En effet, l’isolement
et la fragmentation des populations indigènes rendent cette
méthode inapplicable.
En revanche
d’autres mesures pourraient être mise en place si
nous ne voulons pas assister à la disparition de nos trois
espèces rapidement. Cela va demander un peu de temps et
un peu d’argent, mais compte tenu des connaissances actuelles
sur la distribution des écrevisses en Suisse (voir l’ouvrage
du Centre Suisse de Cartographie de la Faune sur les écrevisses
qui vient de paraître), c’est une excellente opportunité
pour assurer la survie d’espèces aquatiques originales
et fascinantes. Parmi ces mesures on peut noter l’entretien
et la revitalisation des sites potentiellement propices au développement
de nos espèces indigènes, la lutte contre l’introduction
illégale des espèces exotiques dans le milieu naturel
et d’empêcher l’expansion de leurs populations
lorsqu’elles sont déjà établies. Grâce
à un travail de bénédiction, ce sont au niveau
suisse plus de 3240 sites qui ont été répertoriés
de 1960 à 2004. Ces données proviennent principalement
d’échantillonnages effectués dans le cadre
d’inventaires cantonaux, de recherches scientifiques ou
d’expertises. Sur ces 3240 sites, 65% contenaient ou avaient
contenus des écrevisses soit 2102 sites. Regardons un petit
peu en détail la situation de nos trois espèces
indigènes.
L’écrevisse
à pattes rouges est présent dans 668 sites, soit
54% des plans d’eau et 22% des cours d’eau. Cette
espèce est encore assez largement répandue en plaine
mais est absente au sud des Alpe. L’espèce est actuellement
en régression et est très sensible aux pollutions
chimiques et à la peste des écrevisses. Pour assurer
sa conservation, il conviendrait de gérer au mieux les
populations présentes dans les plans d’eau isolés
et qui ont moins de chances d’être colonisés
par des espèces exotiques. L’écrevisse à
pattes blanches n’a été recensée que
dans 703 sites, soit 7% des plans d’eau et 45% des cours
d’eau. Cette espèce peut se rencontrer jusqu’à
1400 m d’altitude en Valais, mais elle est absente du nord-est
de la Suisse. Aujourd’hui on peut dire que cette espèce
est en forte régression. De nombreuses populations ont
disparu durant les dernières décennies. D’autre
part celles qui subsistent ont des effectifs assez faibles. Les
principales menaces sur cette espèce sont toujours la correction
des eaux et l’aménagement des berges ajouté
à sa sensibilité à la peste des écrevisses,
transmise par les espèces exotiques. Aujourd’hui
il faut avoir un œil très attentif sur les dernières
grandes populations de cette espèce qui devraient servir
de populations réservoirs. Troisième et dernière
espèce indigène, l’écrevisse des torrents
est inféodée aux régions de moyenne montagne
d’Europe. Au total, seuls 271 sites occupés par cette
espèce ont été recensés en Suisse,
soit 7% des plans d’eau et 15% des cours d’eau. De
plus, cette espèce est limitée à la partie
orientale de la Suisse. Il s’agit d’une espèce
fortement menacée et en voie de régression. Sa forte
sensibilité à la peste des écrevisses, ainsi
qu’à l’augmentation de la charge organique
dans l’eau peuvent conduire rapidement à l’extinction
d’une population. Pour assurer sa survie il sera donc impératif
de tenir compte des besoins de l’espèce lors de tous
travaux d’aménagement ou de revitalisation le long
des cours d’eau. (dimanche prochain
suite et fin : la peste des écrevisses).