Le nandou, un père presque parfait…(31.12.06)

Dernière touche patagonne du périple de la famille Cherix, un regard sur le nandou, qui veille, à la place de ses femelles, sur tous ses futurs rejetons, de l’œuf jusqu’au poussin mature

Avant de quitter la Patagonie et de remonter l’Amérique du Sud pour nous lancer dans l’enfer vert du bassin amazonien, j’ai choisi de vous parler d’une dernière espèce qui nous a beaucoup impressionnés durant cette partie de notre voyage: le nandou. Sachez, pour commencer, qu’il existe deux espèces de nandous en Amérique du Sud: d’une part le nandou américain (Rhea americana), et d’autre part le nandou de Darwin (Pterocnemia pennata) surnommé «choique» par les locaux en Argentine. Si sa ressemblance avec l’autruche est à première vue évidente, les récentes analyses génétiques semblent montrer une parenté assez élevée avec les tinamous. Les tinamous - environ une quarantaine d’espèces vivant en Amérique centrale et Amérique du Sud - sont des oiseaux peu aptes au vol. Ils représentent peut-être le chaînon manquant entre les oiseaux inaptes au vol et les oiseaux aptes au vol.

Plus petit que l’autruche, le nandou, qui peut mesurer jusqu’à 1.7 m de hauteur pour un poids d’une trentaine de kilogrammes, possède des ailes plus longues qu’il utilise, à première vue, pour garder l’équilibre dans les virages lorsqu’il court. D’ailleurs, ce sont ses performances sportives qui nous l’ont fait apprécier. Pour cela il est préférable d’être assis dans un bus et de suivre des nandous lorsqu’ils sont surpris par l’arrivée du bus sur la piste et qu’ils s’enfuient. A ce moment, nous nous sommes plusieurs fois demandés comment se faisait-il qu’ils ne tombent pas au premier virage avec le corps incliné presque à 45°. Il est probable que l’utilisation des ailes comme balanciers, légèrement écartées dans les virages, permette ces prouesses, réalisées à plus de 50 Km/h dans la steppe patagonienne, c’est-à-dire, pleine de buissons assez souvent épineux.

Champion de la course à pied - 1,50 mètre par foulée - le nandou tire son nom du cri qu’il pousse, émission répétée des sons «nan-dou». Les nandous savent parfaitement nager. A l’instar de l’autruche, le nandou vit généralement par petits groupes formés d’un mâle et de son harem d’environ cinq femelles. Ce n’est qu’après la nidification que se formeront des bandes plus grandes, de parfois plusieurs dizaines d’oiseaux. Ces groupes éclateront en petits noyaux dès la prochaine saison de reproduction. Donc, le mâle est polygame et il va construire un nid où il invitera à pondre ses femelles. Grâce à ce système il va se retrouver rapidement père de quelques dizaines d’œufs qu’il va couver pendant environ 40 jours. Mais, il arrive que toutes les femelles ne pondent pas forcément dans le nid. Alors le mâle joue les sages-femmes en ramassant avec son aile l’œuf fraîchement pondu par la femelle et en le faisant rouler du bout du bec jusqu’au nid. Puis, c’est lui qui assurera le développement de cette petite équipe de 30 à 40 descendants que l’on appelle «charos».

C’est un père très attentif qui les abrite sous ses ailes pour les protéger de la pluie ou du soleil. Les poussins, qui consomment surtout des insectes pendant les premiers jours, imitent progressivement leur père dans le choix de son menu végétal. Le nandou mâle défend farouchement ses rejetons contre les intrus. Les jeunes atteignent leur taille adulte à 6 mois et sont matures vers 2 à 3 ans.

Les deux espèces de nandou sont inscrites sur la liste des animaux menacés, établies par la CITES (Convention internationale sur le commerce des animaux). Chassés en raison des dégâts qu’ils occasionnent aux cultures, ils ne survivent plus que dans des zones reculées. Leur exportation est désormais contrôlée. Auparavant, avant l’installation des éleveurs de moutons, il semble que les Indiens Tehuelches, aujourd’hui complètement disparus, aient utilisés la graisse des nandous comme pommade anti-inflammatoire. Méfiant comme tout, le nandou ne se laisse pas facilement approcher. Profitant du vent soufflant en rafales et du terrain, nous avons quand même réussi à photographier à plusieurs reprise des spécimens avant qu’ils ne détallent (à suivre).

 

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  Musée cantonal de zoologie
Le 19.01.2007

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