Dernière
touche patagonne du périple de la famille Cherix, un regard
sur le nandou, qui veille, à la place de ses femelles,
sur tous ses futurs rejetons, de l’œuf jusqu’au
poussin mature
Avant de quitter
la Patagonie et de remonter l’Amérique du Sud pour
nous lancer dans l’enfer vert du bassin amazonien, j’ai
choisi de vous parler d’une dernière espèce
qui nous a beaucoup impressionnés durant cette partie de
notre voyage: le nandou. Sachez, pour commencer, qu’il existe
deux espèces de nandous en Amérique du Sud: d’une
part le nandou américain (Rhea americana), et d’autre
part le nandou de Darwin (Pterocnemia pennata) surnommé
«choique» par les locaux en Argentine. Si sa ressemblance
avec l’autruche est à première vue évidente,
les récentes analyses génétiques semblent
montrer une parenté assez élevée avec les
tinamous. Les tinamous - environ une quarantaine d’espèces
vivant en Amérique centrale et Amérique du Sud -
sont des oiseaux peu aptes au vol. Ils représentent peut-être
le chaînon manquant entre les oiseaux inaptes au vol et
les oiseaux aptes au vol.
Plus petit
que l’autruche, le nandou, qui peut mesurer jusqu’à
1.7 m de hauteur pour un poids d’une trentaine de kilogrammes,
possède des ailes plus longues qu’il utilise, à
première vue, pour garder l’équilibre dans
les virages lorsqu’il court. D’ailleurs, ce sont ses
performances sportives qui nous l’ont fait apprécier.
Pour cela il est préférable d’être assis
dans un bus et de suivre des nandous lorsqu’ils sont surpris
par l’arrivée du bus sur la piste et qu’ils
s’enfuient. A ce moment, nous nous sommes plusieurs fois
demandés comment se faisait-il qu’ils ne tombent
pas au premier virage avec le corps incliné presque à
45°. Il est probable que l’utilisation des ailes comme
balanciers, légèrement écartées dans
les virages, permette ces prouesses, réalisées à
plus de 50 Km/h dans la steppe patagonienne, c’est-à-dire,
pleine de buissons assez souvent épineux.
Champion de
la course à pied - 1,50 mètre par foulée
- le nandou tire son nom du cri qu’il pousse, émission
répétée des sons «nan-dou». Les
nandous savent parfaitement nager. A l’instar de l’autruche,
le nandou vit généralement par petits groupes formés
d’un mâle et de son harem d’environ cinq femelles.
Ce n’est qu’après la nidification que se formeront
des bandes plus grandes, de parfois plusieurs dizaines d’oiseaux.
Ces groupes éclateront en petits noyaux dès la prochaine
saison de reproduction. Donc, le mâle est polygame et il
va construire un nid où il invitera à pondre ses
femelles. Grâce à ce système il va se retrouver
rapidement père de quelques dizaines d’œufs
qu’il va couver pendant environ 40 jours. Mais, il arrive
que toutes les femelles ne pondent pas forcément dans le
nid. Alors le mâle joue les sages-femmes en ramassant avec
son aile l’œuf fraîchement pondu par la femelle
et en le faisant rouler du bout du bec jusqu’au nid. Puis,
c’est lui qui assurera le développement de cette
petite équipe de 30 à 40 descendants que l’on
appelle «charos».
C’est
un père très attentif qui les abrite sous ses ailes
pour les protéger de la pluie ou du soleil. Les poussins,
qui consomment surtout des insectes pendant les premiers jours,
imitent progressivement leur père dans le choix de son
menu végétal. Le nandou mâle défend
farouchement ses rejetons contre les intrus. Les jeunes atteignent
leur taille adulte à 6 mois et sont matures vers 2 à
3 ans.
Les deux espèces
de nandou sont inscrites sur la liste des animaux menacés,
établies par la CITES (Convention internationale sur le
commerce des animaux). Chassés en raison des dégâts
qu’ils occasionnent aux cultures, ils ne survivent plus
que dans des zones reculées. Leur exportation est désormais
contrôlée. Auparavant, avant l’installation
des éleveurs de moutons, il semble que les Indiens Tehuelches,
aujourd’hui complètement disparus, aient utilisés
la graisse des nandous comme pommade anti-inflammatoire. Méfiant
comme tout, le nandou ne se laisse pas facilement approcher. Profitant
du vent soufflant en rafales et du terrain, nous avons quand même
réussi à photographier à plusieurs reprise
des spécimens avant qu’ils ne détallent (à
suivre).