Avec
la réouverture de l’aile sud du musée de zoologie,
les visiteurs ont à nouveau la possibilité de voir
notre tortue luth. Celle-ci a participé au tournage du
film de Jacques Perrin Océans puis a été
emballée pendant 8 mois de travaux. Ce spécimen
fait partie de la plus grande espèce de tortues. C’est
aussi la seule qui possède une pseudo carapace recouverte
d’une peau lisse et brillante qui fait penser à du
cuir. Cette caractéristique lui a valu son nom anglais
de « tortue de cuir ». Sous cette peau, la pseudo
carapace est formée d’un tissu riche en cellules
adipeuses, où sont inclus des nodules osseux en forme d’étoile.
Le corps se termine par un long éperon qui a contribué
à développer la ressemblance entre l’animal
et l’instrument de musique des Grecs et à justifier
son nom vernaculaire français.
Cette espèce possède une très large distribution
dans les mers et océans de notre planète. Si elle
préfère les eaux tempérées, elle supporte
aussi très bien les eaux beaucoup plus froides. Malheureusement
sa survie est aujourd’hui fortement menacée. Elle
est classée par l’IUCN dans la catégorie des
animaux en danger critique d’extinction. Préférant
les grands fonds aux zones côtières, la tortue luth
se nourrit de méduses, mais elle consomme aussi des poissons,
des oursins des calmars, des crustacés et des mollusques.
L’une des causes majeures de sa disparition est son appétit
pour les méduses qui lui est parfois fatal, car elle avale
très souvent des sacs en plastique et meurt par occlusion
gastrique ou intestinale. Ceci s’ajoutant aux trop nombreuses
prises dans les grands filets dérivants.
Pour essayer d’enrayer ce carnage, il est assez fondamental
de comprendre aussi les déplacements de cette espèce
notamment dans l’océan Atlantique Sud. Des chercheurs
anglais ont ainsi équipés 25 tortues d’émetteurs
satellites. Ces femelles ont été équipées
sur les plages du Gabon alors qu’elles venaient y pondre.
Les suivis ont duré en moyenne 154 jours et les chercheurs
ont découverts qu’il y avait trois migrations assez
différentes. Une quinzaine de tortues se sont déplacées
dans les eaux équatoriales de l’Atlantique tandis
que deux individus longeaient les côtes de l’Afrique
plus au Sud. Les autres ont traversé l’Atlantique
pour atteindre les côtes de l’Amérique du Sud
après un voyage de plus de 5000 km. Pour l’instant
on ne comprend pas encore tous ces déplacements, mais il
semble que le facteur alimentaire soit prépondérant
et il serait lié à la quantité en chlorophylle
des eaux de surface. On peut espérer que ces recherches
vont permettre de sensibiliser tous les acteurs responsables de
la disparition de ces populations. Pour éviter d’allonger
la liste des espèces disparues et que les tortues luth
ne se rencontrent plus que dans les musées !