Si
les premières épizooties datent du milieu du 19e
siècle, il faut savoir que les responsables sont les écrevisses
américaines
Les écrevisses
abritent parfois plusieurs types d’organismes que l’on
appelle pour les plus innocents des commensaux, dans le sens où
ils n’affectent pas de manière décisive la
vie de leur hôte. C’est le cas notamment de certains
vers Annélides, qui ressemblent un peu à des sangsues
ou encore des Crustacés Copépodes. Mais il existe
d’autres organismes qui sont considérés comme
des parasites ou des agents pathogènes et qui influencent
notablement la vie et la survie des écrevisses. Ce sont
principalement parmi les virus, les bactéries, les protozoaires
et les champignons que l’on trouve ces espèces dont
l’impact peut être très important.
L’un
des plus importants d’entre eux est sans aucun doute le
champignon Aphanomyces astaci responsable de l’aphanomycose
ou peste des écrevisses. Au départ, on a affaire
à une zoospore flagellée. C’est elle qui sera
responsable de l’infection. Elle va venir s’enkyster
au niveau de l’abdomen, là où la cuticule
est plus fine et pas rigide, entre les segments abdominaux. A
partir de ce moment, le champignon va développer un mycélium
qui a mis au point un truc assez vicieux pour arriver à
ses fins. Il va se développer parallèlement aux
fibres de chitine pour pouvoir s’insinuer dans le corps
de l’écrevisse et gagner la chaîne nerveuse,
qui est ventrale. A partir de là, le comportement de l’écrevisse
va petit à petit se transformer. En effet, alors que le
comportement d’activité normal des écrevisses
est nocturne, les individus infectés deviennent actifs
de jour, et par ailleurs, ils manquent singulièrement de
vitalité et l’on peut remarque des paralysies partielles.
Le champignon continue à se développer et ce n’est
que quelque temps avant la mort de l’individu que le champignon
va produire et libérer de nouvelles zoospores dans l’eau.
Ce cycle n’aura duré qu’une à deux semaines.
Donc une population peut être rapidement colonisée.
Mais comme rien n’est simple, si une zoospore ne trouve
pas d’écrevisse, elle pourra s’enkyster sur
d’autres animaux (poissons et autres invertébrés)
et germer jusqu’à trois fois de suite pour trouver
le bon hôte. Ce mode de dissémination est d’une
très grande efficacité.
Les premières
épizooties ont été découvertes en
Italie au milieu du 19e siècle, dans la plaine du Pô.
A partir de là, la peste des écrevisses se déplaça
rapidement pour atteindre la France et l’Allemagne en l’espace
de deux décennies. Puis ce fut le tour de l’Europe.
On sait aujourd’hui que ce sont les écrevisses américaines
qui sont responsables de cette transmission. Ce sont ce que l’on
appelle de porteurs sains, car à ce jour on n’a jamais
observé cette peste en Amérique du Nord. Nous retrouvons
tous les ingrédients liés aux espèces invasives
(prolifération, résistance). On peut se demander
si les premières personnes qui ont introduits des écrevisses
américaines en Europe avaient seulement imaginé
quelles en seraient les conséquences…..