La peste des écrevisses (suite et fin) (05.03.06)

Si les premières épizooties datent du milieu du 19e siècle, il faut savoir que les responsables sont les écrevisses américaines

Les écrevisses abritent parfois plusieurs types d’organismes que l’on appelle pour les plus innocents des commensaux, dans le sens où ils n’affectent pas de manière décisive la vie de leur hôte. C’est le cas notamment de certains vers Annélides, qui ressemblent un peu à des sangsues ou encore des Crustacés Copépodes. Mais il existe d’autres organismes qui sont considérés comme des parasites ou des agents pathogènes et qui influencent notablement la vie et la survie des écrevisses. Ce sont principalement parmi les virus, les bactéries, les protozoaires et les champignons que l’on trouve ces espèces dont l’impact peut être très important.

L’un des plus importants d’entre eux est sans aucun doute le champignon Aphanomyces astaci responsable de l’aphanomycose ou peste des écrevisses. Au départ, on a affaire à une zoospore flagellée. C’est elle qui sera responsable de l’infection. Elle va venir s’enkyster au niveau de l’abdomen, là où la cuticule est plus fine et pas rigide, entre les segments abdominaux. A partir de ce moment, le champignon va développer un mycélium qui a mis au point un truc assez vicieux pour arriver à ses fins. Il va se développer parallèlement aux fibres de chitine pour pouvoir s’insinuer dans le corps de l’écrevisse et gagner la chaîne nerveuse, qui est ventrale. A partir de là, le comportement de l’écrevisse va petit à petit se transformer. En effet, alors que le comportement d’activité normal des écrevisses est nocturne, les individus infectés deviennent actifs de jour, et par ailleurs, ils manquent singulièrement de vitalité et l’on peut remarque des paralysies partielles. Le champignon continue à se développer et ce n’est que quelque temps avant la mort de l’individu que le champignon va produire et libérer de nouvelles zoospores dans l’eau. Ce cycle n’aura duré qu’une à deux semaines. Donc une population peut être rapidement colonisée. Mais comme rien n’est simple, si une zoospore ne trouve pas d’écrevisse, elle pourra s’enkyster sur d’autres animaux (poissons et autres invertébrés) et germer jusqu’à trois fois de suite pour trouver le bon hôte. Ce mode de dissémination est d’une très grande efficacité.

Les premières épizooties ont été découvertes en Italie au milieu du 19e siècle, dans la plaine du Pô. A partir de là, la peste des écrevisses se déplaça rapidement pour atteindre la France et l’Allemagne en l’espace de deux décennies. Puis ce fut le tour de l’Europe. On sait aujourd’hui que ce sont les écrevisses américaines qui sont responsables de cette transmission. Ce sont ce que l’on appelle de porteurs sains, car à ce jour on n’a jamais observé cette peste en Amérique du Nord. Nous retrouvons tous les ingrédients liés aux espèces invasives (prolifération, résistance). On peut se demander si les premières personnes qui ont introduits des écrevisses américaines en Europe avaient seulement imaginé quelles en seraient les conséquences…..

 

une rubrique publiée par

  Musée cantonal de zoologie
Le 14.03.2006

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