Un papillon ravageur mais parfois discret (10.07.05)
 

La processionnaire du chêne est présente en Suisse, principalement dans les régions chaudes, discrète, elle peut devenir assez ennuyeuse

Il existe deux espèces de chenilles processionnaires en Suisse, d’une part la processionnaire du pin et la processionnaire du chêne. Ces deux espèces font partie de la famille des Thaumetopoeidés. Cette famille comprend quelques 80 à 100 espèces dans l’Ancien Monde et environ 5 en Europe. Suivant les régions en Europe, ces espèces aux chenilles processionnaires sont considérées comme des ravageurs forestiers importants. Les papillons sont actifs de nuit et leur couleur grisâtre les rend assez discrets. Ils ne se nourrissent pas au stade adulte et vivent sur leurs réserves, le temps de se reproduire. D’ailleurs les femelles pondent l’ensemble de leurs oeufs dans les nuits qui suivent leur émergence. Les papillons, nocturnes, volent au cours de l’été, de fin juillet à fin-août selon les régions. Après l’accouplement, les femelles déposent leurs pontes sur de fines branches, au sommet des arbres bien dégagés. Chaque ponte (100 à 200 œufs) est formée de rangées juxtaposées d’œufs qui n’écloront qu’au printemps suivant. L’éclosion des œufs a lieu courant avril, en général au moment du débourrement des chênes. Les chenilles se dirigent en procession de nuit vers les extrémités des rameaux où elles s’alimentent aux dépens des jeunes feuilles. La journée, elles se reposent dans un nid de soie fixé au tronc ou aux branches En général une défoliation, même totale, ne provoque pas directement la mort des arbres atteints. Cependant, après de fortes défoliations répétées sur plusieurs années ou en présence d’importants facteurs complémentaires de stress, l’affaiblissement des chênes pourrait parfois conduire à des dépérissements avec attaques par des ravageurs secondaires ou des pathogènes.
Le principal risque concerne l’homme : la présence des chenilles dans les secteurs fréquentés (travaux forestiers, zones urbaines, sites touristiques) peut provoquer en effet des démangeaisons assez sérieuses et chez certaines personnes sensibles des réactions allergiques qui peuvent être très sérieuses. Les chenilles portent de longs poils « d’ornementation » blancs et soyeux, qui leur donnent un reflet gris argenté à contre-jour. Une observation attentive montre en outre l’existence de petites poches qui apparaissent à partir du troisième stade larvaire et qui sont situées sur la faxe dorsale des segments abdominaux. Au fond de ces poches, que la chenille peut ouvrir lorsqu’elle est inquiétée, se forment des milliers de poils microscopiques (100 à 250 microns), hérissés de barbilles comme des harpons. Une chenille, au dernier stade peut contenir quelque 600'000 poils. Seuls ces minuscules poils sont urticants. Ils contiennent dans un petit canal intérieur fermé une protéine urticante, la « thaumétopoéfine », qui est sécrétée par des glandes sous-épidermiques. Ces poils très légers peuvent être emportés par le vent et se ficher dans la peau ou les muqueuses. Par frottement ils se cassent, la libération du venin provoquant des démangeaisons très vives. Le zones de transpiration et les muqueuses, naturellement humides, sont les plus touchées (bouche, aisselles, yeux, etc.).
Lors des contacts directs avec les nids et les chenilles, ce sont des milliers de poils urticants qui peuvent être mis en mouvement et provoquer des troubles graves (oedèmes, accidents oculaires, vertiges, etc.), nécessitant le recours à un médecin (prise de médicaments antihistaminiques). D’ailleurs fin juin le service des Forêts, de la Protection de la nature et du Paysage du canton de Genève a mis en garde contre les poils urticants de ces chenilles qui peuvent aussi se trouver en masse au pied des arbres attaqués. De fortes pluies vont réduire les risques d’irritation cutanée. Depuis 2003 on constate une expansion des populations dans le nord-est de la France (Lorraine) où plusieurs milliers d’hectares ont été touchés, ce qui n’est pas le cas en Suisse, malgré quelques nouveaux foyers découverts ces dernières années.

 

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  Musée cantonal de zoologie
Le 17.08.2005

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