Lancé
en 2005 le projet international Barcode of Life va attribuer à
chaque espèce animale un code-barre à ADN
Comme vous
le savez sans doute, chaque espèce vivante décrite
à la surface de la planète possède un nom
en latin composé d’un nom de genre et d’un
nom d’espèce. Par exemple, la mouche domestique s’appelle,
entre spécialistes, Musca domestica. Pour être reconnue
comme nouvelle espèce, il est donc indispensable de décrire
exactement au moins un individu, que l’on appellera le type
et qui sera déposé dans un musée et facilement
identifiable. La description d’une espèce se base
essentiellement sur des critères morphologiques, mais parfois
aussi sur d’autres critères biologiques ou écologiques.
Aujourd’hui les scientifiques qui se chargent de ce travail
sont de moins en moins nombreux, alors que l’on parle de
plus en plus de biodiversité et qu’il est indispensable
de pouvoir identifier chaque espèce afin de pouvoir mettre
en place si nécessaire un programme de protection, mais
aussi tout simplement de pouvoir connaître la diversité
d’une région.
A l’heure
de la biologie moléculaire et de la reconnaissance biométrique,
les noms latins qui servent à classer les espèces
biologiques risquent d’être bientôt remplacés
par des code-barres génétiques. Un chercheur canadien
propose un système de classification des animaux et des
végétaux basé sur une courte séquence
ADN. Cette technique permet d’identifier en quelques minutes,
et sans erreur, n’importe quelle espèce vivante parmi
les quelques 1,8 millions connues. Evidemment, il faut pour cela
disposer d’un laboratoire bien équipé et de
compétences particulières. A l’exception des
jumeaux et des clones, chaque être vivant possède
un ADN qui lui est propre. Ecrit avec un alphabet de 4 lettres,
cet ADN peut être représenté comme une séquence
unique, une signature, de plusieurs milliards de lettres. Il n’est
bien sûr pas réaliste de vouloir décoder l’ensemble
du génome de chaque espèce, mais on peut utiliser
un gêne bien particulier pour caractériser chaque
espèce. Le choix s’est porté sur un gêne
mitochondrial (les mitochondries sont de petites organelles présentes
dans chaque cellule et qui assurent diverses fonction comme la
respiration cellulaire). Long de 650 paires de bases, ce fragment
d’ADN correspond à un gène (COI, pour "cytochrome
oxydase I") qui est présent chez toutes les espèces
vivantes, de la paramécie à l’ornithorynque.
Toutefois, COI est un gène qui mute très souvent,
et les chercheurs ont constaté que chaque espèce
possédait une variante unique. En identifiant la séquence
de ces variantes, ce qui est assez facile avec les techniques
d’analyse de la biologie moléculaire, on peut donc
identifier l’espèce.
Cela ne va
toutefois pas remplacer les études taxonomiques, car l’on
sait aujourd’hui qu’il y a encore plusieurs millions
d’espèces à décrire et à identifier
et il serait illusoire de croire que tout le monde aura accès
à un laboratoire de biologie moléculaire pour identifier
ses spécimens. Néanmoins, le barcoding pourrait
avoir certaines utilisations très particulières
comme pour le contrôle douanier des espèces animales
et végétales, même si pour l’instant
le gêne de la cytochrome-oxydase I est approprié
pour les animaux, il ne semble pas convenir pour les végétaux.
D’autres gênes candidats sont donc en cours d’évaluation.
Pour terminer sachez que quelques 1000 espèces de poissons
sur les quelques 30'000 connues aujourd’hui et plus de 3000
espèces de papillons possèdent chacune leur code-barre
ADN. Les objectifs pour 2010 sont d’avoir un catalogue des
code-barres de toutes les espèces d’oiseaux connues
et des 12'000 espèces de poissons marins. Mais aujourd’hui
déjà vous pouvez comparer l’ADN d’un
spécimen donné à celui des espèces
répertoriées dans un catalogue électronique
et voir s’il appartient à l’une d’entre
elles.