La véritable histoire des lions mangeurs d'hommes (16.03.03)

Il y a une centaine d’années la presse britannique rapportait la présence de lions mangeurs d’homme en Afrique. Nous y voyons un peu plus clair aujourd’hui.

En 1900, les lecteurs du « Spectator » du 3 mars découvraient l’existence des « mangeurs d’hommes du Tsavo ». Il faut dire que leur cas avait interrompu temporairement la construction de la ligne de train qui devait relier Mombassa au Kenya aux rives du lac Victoria. On devait ces informations à un ingénieur britannique du nom de Patterson qui plus tard publia un ouvrage sur les mangeurs d’hommes du Tsavo et autres aventures de l’Afrique de l’est (1907). Cette histoire fut popularisée par deux films « hollywoodiens » Bwana Devil en 1953 et The Ghost and the Darkness (1997). Il est intéressant de noter que depuis la publication de l’ouvrage de Patterson en 1907 jusqu’à la fin du siècle passé personne ne s’était penché en détail sur la véracité de l’histoire et encore moins sur les circonstances ayant prévalu. C’est ce travail qu’ont entrepris deux chercheurs américains Julian C. Kerbis Peterhans et Thomas Patrick Gnoske et que l’on peut découvrir dans le Journal of East African Natural History volume 90. Reprenant tous les aspects historiques, la littérature récente, les carnets originaux de Patterson et même allant rechercher les squelettes et la peau des deux spécimens (déposés au Field Museum of Natural History Museum de Chicago depuis plus de 75 ans !) ces auteurs apportent de éléments nouveaux et montrent notamment les conditions qui peuvent conduire un grand félidé, comme le lion, à devenir un mangeur d’homme. On sait grâce à de nombreux témoignages assez fiables que dans certaines conditions, les grands chats sauvages peuvent s’attaquer à l’être humain. Toutefois il s’agit avant tout d’individus malades, âgés qui n’arrivent plus dans ces circonstances à capturer une proie sauvage et qui se rabattent (excusez-moi du terme…) sur l’être humain ou le bétail.
Or ce que l’on sait concernant les lions du Tsavo, c’est que des hommes avaient été attaqués par des lions bien avant la construction du chemin de fer et que cela s’est poursuivi aussi au cours du 20e siècle bien que les deux spécimens de Patterson aient été réduits au silence. De nombreux facteurs peuvent induire le lion à se tourner vers l’homme et le considérer comme proie : diminution de ses proies favorites, effets saisonniers, milieu occupé etc. Or à la fin du 19 siècles tous ces éléments étaient présents à un degré ou un autres et pourraient avoir joué un rôle déterminant. Ainsi en 1890 le Tsavo était composé de fourrés quasi impénétrables. De plus l’éléphant avait été quasiment éliminé par les chasseurs d’ivoire de la plus grande partie à l’est du Kenya. Cette quasi-disparition des éléphants avait entraîné une modification profonde de la végétation, notamment la disparition de surfaces herbeuses ouvertes. Ceci conditionnait évidemment les espèces qui pouvaient survivre dans ce type bien particulier de milieu. Pas de grands ongulés, mais des petits et des rhinocéros noirs. Dès les années 1960 la région, est reconnue comme l’un des plus grands sanctuaires d’éléphants, donc un milieu beaucoup plus ouvert. Mais revenons à nos lions. Les photos publiées par Patterson en 1907 montraient deux individus de grandes voire très grandes tailles. D’ailleurs il les qualifiait d’énormes brutes ! Grâce aux peaux conservées, ils mesuraient presque trois mètres de longueur pour une hauteur à l’épaule de 1.22 m. Les données concernant les lions de l’Afrique de l’est indiquent pour les mâles une longueur de 2.60 et une hauteur à l’épaule de 0.96 cm. Autant dire que nos deux spécimens étaient effectivement de très belles pièces. Entre mars et décembre 1898, un minimum de 28 personnes avaient été dévorées par ces deux spécimens. Au cours des années, les chiffres ont été petit à petit augmentés. En 1925 Patterson indiquait alors que 107 Africains avaient été les victimes des lions, puis peu de temps après on parla de 140 personnes. En fait il n’y aucune indication pour croire à ces chiffres donc restons à 28 personnes faute de quoi nos lions auraient eu à disposition un peu plus de 3 tonnes de nourriture pour la période considérée (environ 10 mois). (à suivre)

 

une rubrique publiée par

  Musée cantonal de zoologie
Le 31.03.2003

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