Il
y a une centaine d’années la presse britannique rapportait
la présence de lions mangeurs d’homme en Afrique.
Nous y voyons un peu plus clair aujourd’hui.
En 1900, les
lecteurs du « Spectator » du 3 mars découvraient
l’existence des « mangeurs d’hommes du Tsavo
». Il faut dire que leur cas avait interrompu temporairement
la construction de la ligne de train qui devait relier Mombassa
au Kenya aux rives du lac Victoria. On devait ces informations
à un ingénieur britannique du nom de Patterson qui
plus tard publia un ouvrage sur les mangeurs d’hommes du
Tsavo et autres aventures de l’Afrique de l’est (1907).
Cette histoire fut popularisée par deux films « hollywoodiens
» Bwana Devil en 1953 et The Ghost and the Darkness (1997).
Il est intéressant de noter que depuis la publication de
l’ouvrage de Patterson en 1907 jusqu’à la fin
du siècle passé personne ne s’était
penché en détail sur la véracité de
l’histoire et encore moins sur les circonstances ayant prévalu.
C’est ce travail qu’ont entrepris deux chercheurs
américains Julian C. Kerbis Peterhans et Thomas Patrick
Gnoske et que l’on peut découvrir dans le Journal
of East African Natural History volume 90. Reprenant tous les
aspects historiques, la littérature récente, les
carnets originaux de Patterson et même allant rechercher
les squelettes et la peau des deux spécimens (déposés
au Field Museum of Natural History Museum de Chicago depuis plus
de 75 ans !) ces auteurs apportent de éléments nouveaux
et montrent notamment les conditions qui peuvent conduire un grand
félidé, comme le lion, à devenir un mangeur
d’homme. On sait grâce à de nombreux témoignages
assez fiables que dans certaines conditions, les grands chats
sauvages peuvent s’attaquer à l’être
humain. Toutefois il s’agit avant tout d’individus
malades, âgés qui n’arrivent plus dans ces
circonstances à capturer une proie sauvage et qui se rabattent
(excusez-moi du terme…) sur l’être humain ou
le bétail.
Or ce que l’on sait concernant les lions du Tsavo, c’est
que des hommes avaient été attaqués par des
lions bien avant la construction du chemin de fer et que cela
s’est poursuivi aussi au cours du 20e siècle bien
que les deux spécimens de Patterson aient été
réduits au silence. De nombreux facteurs peuvent induire
le lion à se tourner vers l’homme et le considérer
comme proie : diminution de ses proies favorites, effets saisonniers,
milieu occupé etc. Or à la fin du 19 siècles
tous ces éléments étaient présents
à un degré ou un autres et pourraient avoir joué
un rôle déterminant. Ainsi en 1890 le Tsavo était
composé de fourrés quasi impénétrables.
De plus l’éléphant avait été
quasiment éliminé par les chasseurs d’ivoire
de la plus grande partie à l’est du Kenya. Cette
quasi-disparition des éléphants avait entraîné
une modification profonde de la végétation, notamment
la disparition de surfaces herbeuses ouvertes. Ceci conditionnait
évidemment les espèces qui pouvaient survivre dans
ce type bien particulier de milieu. Pas de grands ongulés,
mais des petits et des rhinocéros noirs. Dès les
années 1960 la région, est reconnue comme l’un
des plus grands sanctuaires d’éléphants, donc
un milieu beaucoup plus ouvert. Mais revenons à nos lions.
Les photos publiées par Patterson en 1907 montraient deux
individus de grandes voire très grandes tailles. D’ailleurs
il les qualifiait d’énormes brutes ! Grâce
aux peaux conservées, ils mesuraient presque trois mètres
de longueur pour une hauteur à l’épaule de
1.22 m. Les données concernant les lions de l’Afrique
de l’est indiquent pour les mâles une longueur de
2.60 et une hauteur à l’épaule de 0.96 cm.
Autant dire que nos deux spécimens étaient effectivement
de très belles pièces. Entre mars et décembre
1898, un minimum de 28 personnes avaient été dévorées
par ces deux spécimens. Au cours des années, les
chiffres ont été petit à petit augmentés.
En 1925 Patterson indiquait alors que 107 Africains avaient été
les victimes des lions, puis peu de temps après on parla
de 140 personnes. En fait il n’y aucune indication pour
croire à ces chiffres donc restons à 28 personnes
faute de quoi nos lions auraient eu à disposition un peu
plus de 3 tonnes de nourriture pour la période considérée
(environ 10 mois). (à suivre)