Le
Centre suisse de cartographie à Neuchâtel publie
un petit ouvrage pratique sur les écrevisses, dont la situation
en Suisse est assez particulière
Ce n’est
pas forcément le moment de partir à la pêche
aux écrevisses, mais la sortie de presse dans la série
Faune Helvetica du Centre Suisse de Cartographie de la Faune à
Neuchâtel d’un ouvrage consacré aux écrevisses
nous donne l’occasion de parler des plus gros invertébrés
de suisses.
Autrefois répandus, puis rares puis à nouveau observé
fréquemment les écrevisses semblent en expansion.
A première vue une nouvelle réjouissante et pourtant
comme vous allez le découvrir, cette relative abondance
est due à des espèces invasives, introduites volontairement
et qui ont eu et ont toujours des impacts très dommageables
sur les espèces locales.
Les écrevisses appartiennent au grand groupe des Crustacés
et plus particulièrement à l’ordre des Décapodes
qui compte pas moins de 10'000 espèces. En ce qui concerne
les écrevisses, on a décrit à ce jour plus
de 570 espèces qui se répartissent en trois familles.
Tout d’abord les Astacidés et les Cambaridés
qui colonisent de petites régions mais sont limités
à l’hémisphère nord et enfin la famille
des Parasticidés qui occupent l’hémisphère
sud. La famille des Astacidés est représentée
par 12 espèces présentes en Europe et sur la côte
ouest des Etats-Unis et du Canada. En Suisse on trouve 3 espèces
locales: l’écrevisse à pattes rouges (Astacus
astacus), l’écrevisse à pattes blanches (Austropotamobius
pallipes) et l’écrevisse des torrents (Austropotamobius
torrentium) et deux espèces introduites: l’écrevisse
à pattes grêles (Astacus leptodactylus) et l’écrevisse
signal (Pacifascatus leniusculus). La famille des Cambaridés
comprend 406 espèces occupant l’Est asiatique et
l’est du continent nord-américain. En Suisse, on
peut trouver deux espèces introduites, soit l’écrevisse
américaine (Orconectes limosus) et l’écrevisse
rouge de Louisiane (Procambarus clarkii).
Le principal
problème a résidé dans la diminution massive
des populations locales d’écrevisses en Europe à
cause de la pollution des eaux douces. Face à cela les
gestionnaires de la faune ont pensé qu’il serait
judicieux de repeupler les milieux aquatiques avec des espèces
plus résistantes d’Amérique du Nord. Si à
première vue ces introductions d’espèces «exotiques»
ont été couronnées de succès, il a
bien fallu se rendre compte que cela a aussi accéléré
la disparition des espèces autochtones. Il y a deux raisons
principales permettant d’expliquer ce désastre. Pour
commencer il faut savoir que les espèces américaines
sont responsables de transporter un champignon pathogène
provoquant la fameuse «peste des écrevisses».
Or les espèces invasives ne semblent pas être affectées
par ce champignon alors que les populations locales peuvent disparaître
en l’espace de quelques semaines. La deuxième raison
est encore plus sournoise. Les espèces introduites sont
d’une plus grande résistance à la pollution
des eaux, mais aussi plus fécondes et avec une croissance
plus rapide que les espèces locales. Autant dire que la
compétition entre espèces introduites et espèces
locales tourne largement à l’avantage des premières.
D’autre part comme vous pouvez le remarquer nous sommes
en présence d’un cas absolument incroyable où
le nombre d’espèces locales est inférieur
au nombre d’espèces exotiques introduites. Autant
dire que les trois espèces locales sont toutes menacées
voire fortement menacées d’extinction. (à
suivre)
Fauna Helvetica
15 : Decapoda (Ecrevisses / Flusskrebse) Pascal Stucki & Blaise
Zaugg 2005, 56 pages prix 15.- Frs (Notez que l’ouvrage
est bilingue français/ allemand et peut être commandé
au CSCF, Terreaux 14, 2000 Neuchâtel ou www.cscf.ch