Des
chenilles prédatrices aux chenilles coucous
Revenons à nos
chenilles et à nos fourmis (cf chronique du dimanche 12
décembre). Comme nous l'avons vu, les chenilles, après
une première période où elles consomment
de la végétation, attirent des ouvrières
de fourmis du genre Myrmica et se font transporter dans leur fourmilière.
A ce moment, on distingue deux stratégies assez distinctes.
Pour commencer la stratégie prédatrice. Dans ce
cas, la chenille va se nourrir du couvain (oeufs, larves et nymphes
des fourmis) périodiquement, mais elle se retire dans une
ou plusieurs chambres de la fourmilière, évitant
de rester trop près de son garde-manger. La deuxième
stratégie, est celle du coucou. Dans ce cas, la chenille
reste avec le couvain et s'intègre complètement
à la société des fourmis, au point que ces
dernières la nourrissent directement et négligent
leur couvain qui sera mis en pièce pour nourrir la chenille.
Evidemment, et vous vous en doutiez, la deuxième stratégie
est beaucoup plus efficace que la première. Du point de
vue statistique, la stratégie du coucou produit 6 fois
plus de papillons adultes que celle de la prédation. En
revanche, même si cette stratégie est plus efficace,
elle est basée sur une acceptation sociale par les fourmis
qui tient à la similarité des sécrétions
de la chenille qui doivent ressembler de très prés
aux codes de reconnaissance utilisés par les fourmis. Ceci
a pour conséquence que les papillons du genre Maculinea
à stratégie de coucou dépendent exclusivement
d'une seule espèce de fourmis, alors que les espèces
à chenilles prédatrices sont plus généralistes
et, dans ce cas, ont une survie nettement supérieure aux
chenilles coucous quand elles sont avec des espèces de
fourmis différentes. Cela signifie que du point de vue
évolutif, on peut imaginer que la première stratégie
qui s'est mise en place est celle des chenilles prédatrices
puis il y a eu spécialisation et c'est ainsi que la stratégie
du coucou se serait mise en place, enfin… c'est ce que suggère
la théorie.
Il y a à peine
un mois, une étude a été publiée dans
la célèbre revue scientifique Nature et montre qu'effectivement,
sur la base d'analyses moléculaires, c'est la stratégie
de prédateurs qui a été la première
mise en place. Mais les chercheurs se sont aussi penchés
sur la systématique et taxonomie de ces papillons. Or ils
ont été assez surpris de constater qu'il y avait
d'incroyables différences au sein d'une même espèce
et même entre différentes populations d'une même
espèce de papillons au point que certaines populations
sont probablement des espèces cryptiques (en fait qui morphologiquement
ressemblent à d'autres espèces, mais en diffèrent
génétiquement). Ils suggèrent que 4 des 5
espèces connues pourraient en fait correspondre chaque
fois à deux espèces. Je vous laisse imaginer le
problème du point de vue conservation. Ces espèces
étant déjà très rares, si en plus
vous en rajoutez de nouvelles cela va devenir un cauchemar pour
les personnes chargées de trouver les mesures de gestion
les plus appropriées pour assurer leur conservation. Heureusement
,cela semble concerner avant tout les espèces prédatrices
et chez les espèces coucous, ce serait justement le contraire,
en tout cas pour deux espèces qui n'en formerait plus qu'une.
Cela signifie qu'il faut aujourd'hui reprendre les études
sur ces papillons afin de leur assurer une protection adéquate.
Pour terminer,
un petit mot sur ces fourmis, un peu stupides, capables d'héberger
des hôtes assez pervers. En général les espèces
du genre Myrmica construisent leur nid directement dans le sol,
mais elles vivent également sous les pierres ou dans du
bois vermoulu. Dans les biotopes frais et humides, on trouve assez
facilement les nids, car ils sont placés dans une touffe
de graminées et se font remarquer par leurs particules
de terre. L'effectif des sociétés dépend
des espèces, mais il varie entre 300 et 800 ouvrières,
une seule espèce dépassant 1000 ouvrières
par société. Enfin toutes les sociétés
abritent plusieurs reines, on parle alors d'espèces polygynes.