Papillons et fourmis (suite et fin) (19.12.04)
 

Des chenilles prédatrices aux chenilles coucous

Revenons à nos chenilles et à nos fourmis (cf chronique du dimanche 12 décembre). Comme nous l'avons vu, les chenilles, après une première période où elles consomment de la végétation, attirent des ouvrières de fourmis du genre Myrmica et se font transporter dans leur fourmilière. A ce moment, on distingue deux stratégies assez distinctes. Pour commencer la stratégie prédatrice. Dans ce cas, la chenille va se nourrir du couvain (oeufs, larves et nymphes des fourmis) périodiquement, mais elle se retire dans une ou plusieurs chambres de la fourmilière, évitant de rester trop près de son garde-manger. La deuxième stratégie, est celle du coucou. Dans ce cas, la chenille reste avec le couvain et s'intègre complètement à la société des fourmis, au point que ces dernières la nourrissent directement et négligent leur couvain qui sera mis en pièce pour nourrir la chenille. Evidemment, et vous vous en doutiez, la deuxième stratégie est beaucoup plus efficace que la première. Du point de vue statistique, la stratégie du coucou produit 6 fois plus de papillons adultes que celle de la prédation. En revanche, même si cette stratégie est plus efficace, elle est basée sur une acceptation sociale par les fourmis qui tient à la similarité des sécrétions de la chenille qui doivent ressembler de très prés aux codes de reconnaissance utilisés par les fourmis. Ceci a pour conséquence que les papillons du genre Maculinea à stratégie de coucou dépendent exclusivement d'une seule espèce de fourmis, alors que les espèces à chenilles prédatrices sont plus généralistes et, dans ce cas, ont une survie nettement supérieure aux chenilles coucous quand elles sont avec des espèces de fourmis différentes. Cela signifie que du point de vue évolutif, on peut imaginer que la première stratégie qui s'est mise en place est celle des chenilles prédatrices puis il y a eu spécialisation et c'est ainsi que la stratégie du coucou se serait mise en place, enfin… c'est ce que suggère la théorie.

Il y a à peine un mois, une étude a été publiée dans la célèbre revue scientifique Nature et montre qu'effectivement, sur la base d'analyses moléculaires, c'est la stratégie de prédateurs qui a été la première mise en place. Mais les chercheurs se sont aussi penchés sur la systématique et taxonomie de ces papillons. Or ils ont été assez surpris de constater qu'il y avait d'incroyables différences au sein d'une même espèce et même entre différentes populations d'une même espèce de papillons au point que certaines populations sont probablement des espèces cryptiques (en fait qui morphologiquement ressemblent à d'autres espèces, mais en diffèrent génétiquement). Ils suggèrent que 4 des 5 espèces connues pourraient en fait correspondre chaque fois à deux espèces. Je vous laisse imaginer le problème du point de vue conservation. Ces espèces étant déjà très rares, si en plus vous en rajoutez de nouvelles cela va devenir un cauchemar pour les personnes chargées de trouver les mesures de gestion les plus appropriées pour assurer leur conservation. Heureusement ,cela semble concerner avant tout les espèces prédatrices et chez les espèces coucous, ce serait justement le contraire, en tout cas pour deux espèces qui n'en formerait plus qu'une. Cela signifie qu'il faut aujourd'hui reprendre les études sur ces papillons afin de leur assurer une protection adéquate.

Pour terminer, un petit mot sur ces fourmis, un peu stupides, capables d'héberger des hôtes assez pervers. En général les espèces du genre Myrmica construisent leur nid directement dans le sol, mais elles vivent également sous les pierres ou dans du bois vermoulu. Dans les biotopes frais et humides, on trouve assez facilement les nids, car ils sont placés dans une touffe de graminées et se font remarquer par leurs particules de terre. L'effectif des sociétés dépend des espèces, mais il varie entre 300 et 800 ouvrières, une seule espèce dépassant 1000 ouvrières par société. Enfin toutes les sociétés abritent plusieurs reines, on parle alors d'espèces polygynes.

 

une rubrique publiée par

  Musée cantonal de zoologie
Le 20.12.2004

Lausanne Palais de Rumine
Contact