Biodiversité,
biodiversité mon c… ! aurait dit Zazie, l’espiègle
héroïne de Raymond Queneau dans son ouvrage un peu
iconoclaste*. Est-ce à dire que nous en avons un peu par-dessus
la tête de l’année 2010 et de la biodiversité
? C’est un peu juste et… un peu faux !
De nombreuses initiatives auront vu le jour cette année
et un effort particulier aura été mis sur la communication.
Allez visitez le
Site de la Confédération et du Forum Biodiversité
pour vous en rendre compte. Il ne faut à Google que
0.16 secondes pour vous donner une liste de 40’100 sites
contenant les mots-clés biodiversité, Suisse et
2010. De là à penser que nous avons réellement
fait un pas en direction de la protection des paysages, des espèces
et de la diversité génétique est un peu illusoire.
Durant cette année, les indications alarmantes de la régression
d’espèces animales et végétales aussi
bien en Suisse que sur l’ensemble de la planète sont
publiées à un rythme guère différent
des années précédentes. La Confédération
a de la peine à mettre sur pied une politique et surtout
des outils en faveur de la biodiversité (cependant on en
parle dans les couloirs et tout espoir n’est pas perdu).
Mon propos n’est pas de critiquer ces initiatives, mais
bien de parler de biodiversité en jetant un regard vers
toutes ces espèces qui, venant d’une autre région
géographique, s’installent chez nous. Certaines d’entre
elles possèdent un potentiel qui pourraient les rendre
envahissantes (je devrais dire invasives pour
faire plus moderne).
Or, on ne prend pas toujours conscience de l’impact négatif
que peuvent avoir ces espèces. Ou on ne réagit pas
alors que, suivant l’UICN**, l’impact des espèces
invasives est la deuxième cause responsable de la diminution
de la diversité sur notre planète. Dès que
l’homme a commencé à se déplacer, il
a réussi volontairement mais aussi involontairement à
déplacer des espèces animales et végétales,
dont certaines ont aujourd’hui une distribution mondiale.
Prenez par exemple les cafards dont les noms vernaculaires comme
blatte germanique ou blatte américaine semblent indiquer
une origine précise et que l’on trouve un peu partout.
Aujourd’hui, le phénomène semble s’accélérer.
Ainsi, en l’espace de quelques années, la coccinelle
asiatique (Harmonia axyridis) a colonisé la Suisse
et pourrait donner un drôle de goût à nos vins
en participant un peu trop activement aux prochaines vendanges.
Le frelon asiatique (Vespa velutina), dont la venue prochaine
par l’ouest est imminente, risque bien d’affecter
nos abeilles domestiques qui luttent tant bien que mal contre
ce que l’on a glorieusement appelé le CCD ou «
colony collapse disorder ». Et le moustique tigre qui stagne
pour l’instant au sud des Alpes. Je pourrais continuer à
énumérer les espèces exotiques qui ont été
découvertes ces dernières années et dont
on ne mesure pas encore l’impact. Nous devons impérativement
intégrer la gestion des espèces exotiques dans nos
préoccupations relatives à la biodiversité.
La mise sur pied d’une base de données européenne
DAISIE
(delivering alien invasive species inventories for Europe) a recensé
plus de 11’000 espèces exotiques dont 15% ont un
impact économique et 15% un impact sur la biodiversité.
Notre vision de la biodiversité doit s’élargir
et tenir compte de tous les éléments ayant une influence.
Mais n’oublions pas que le plus important sera les montants
que nous voudrons bien allouer pour réussir à freiner
efficacement l’érosion des espèces dans notre
pays. Ainsi, l’année de la biodiversité pourrait
avoir le même succès que Zazie et son célèbre
roman !
*
Zazie dans le métro, 1959
** International Union for Conservation of Nature