Année de la biodiversité, une autre vision (07.09.2010) 
 

Biodiversité, biodiversité mon c… ! aurait dit Zazie, l’espiègle héroïne de Raymond Queneau dans son ouvrage un peu iconoclaste*. Est-ce à dire que nous en avons un peu par-dessus la tête de l’année 2010 et de la biodiversité ? C’est un peu juste et… un peu faux !
De nombreuses initiatives auront vu le jour cette année et un effort particulier aura été mis sur la communication. Allez visitez le Site de la Confédération et du Forum Biodiversité pour vous en rendre compte. Il ne faut à Google que 0.16 secondes pour vous donner une liste de 40’100 sites contenant les mots-clés biodiversité, Suisse et 2010. De là à penser que nous avons réellement fait un pas en direction de la protection des paysages, des espèces et de la diversité génétique est un peu illusoire. Durant cette année, les indications alarmantes de la régression d’espèces animales et végétales aussi bien en Suisse que sur l’ensemble de la planète sont publiées à un rythme guère différent des années précédentes. La Confédération a de la peine à mettre sur pied une politique et surtout des outils en faveur de la biodiversité (cependant on en parle dans les couloirs et tout espoir n’est pas perdu). Mon propos n’est pas de critiquer ces initiatives, mais bien de parler de biodiversité en jetant un regard vers toutes ces espèces qui, venant d’une autre région géographique, s’installent chez nous. Certaines d’entre elles possèdent un potentiel qui pourraient les rendre envahissantes (je devrais dire invasives pour faire plus moderne).
Or, on ne prend pas toujours conscience de l’impact négatif que peuvent avoir ces espèces. Ou on ne réagit pas alors que, suivant l’UICN**, l’impact des espèces invasives est la deuxième cause responsable de la diminution de la diversité sur notre planète. Dès que l’homme a commencé à se déplacer, il a réussi volontairement mais aussi involontairement à déplacer des espèces animales et végétales, dont certaines ont aujourd’hui une distribution mondiale. Prenez par exemple les cafards dont les noms vernaculaires comme blatte germanique ou blatte américaine semblent indiquer une origine précise et que l’on trouve un peu partout. Aujourd’hui, le phénomène semble s’accélérer. Ainsi, en l’espace de quelques années, la coccinelle asiatique (Harmonia axyridis) a colonisé la Suisse et pourrait donner un drôle de goût à nos vins en participant un peu trop activement aux prochaines vendanges. Le frelon asiatique (Vespa velutina), dont la venue prochaine par l’ouest est imminente, risque bien d’affecter nos abeilles domestiques qui luttent tant bien que mal contre ce que l’on a glorieusement appelé le CCD ou « colony collapse disorder ». Et le moustique tigre qui stagne pour l’instant au sud des Alpes. Je pourrais continuer à énumérer les espèces exotiques qui ont été découvertes ces dernières années et dont on ne mesure pas encore l’impact. Nous devons impérativement intégrer la gestion des espèces exotiques dans nos préoccupations relatives à la biodiversité. La mise sur pied d’une base de données européenne DAISIE (delivering alien invasive species inventories for Europe) a recensé plus de 11’000 espèces exotiques dont 15% ont un impact économique et 15% un impact sur la biodiversité. Notre vision de la biodiversité doit s’élargir et tenir compte de tous les éléments ayant une influence. Mais n’oublions pas que le plus important sera les montants que nous voudrons bien allouer pour réussir à freiner efficacement l’érosion des espèces dans notre pays. Ainsi, l’année de la biodiversité pourrait avoir le même succès que Zazie et son célèbre roman !
* Zazie dans le métro, 1959
** International Union for Conservation of Nature

 

  Musée cantonal de zoologie
Le 04.11.2010

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