Un constat pas très encourageant (20.06.04)

L’avifaune des zones cultivées en Suisse toujours dans le rouge

Le rapport 2004 de la Station ornithologique suisse de Sempach vient de sortir. Il est consacré aux oiseaux de nos campagnes et dresse un bilan plutôt pessimiste des espèces nicheuses. En effet aujourd’hui 50% des oiseaux des campagnes sont menacés et sont inscrits sur la Liste rouge des espèces nicheuses menacées en Suisse. Les espèces qui nidifient au sol figurent parmi les espèces les plus menacées car leurs nids sont détruits à chaque fauchage. D’autre part l’entomofaune étant relativement rare dans les zones de culture intensive, les oiseaux ne trouvent pas suffisamment de nourriture.

Or ceci est un peu déprimant car depuis les années 90, les agriculteurs créent des surfaces de compensation écologique, mais la situation des oiseaux nicheurs ne s’améliore pas. Les recherches menées par la Station ornithologique suisse ont montré que les terres agricoles nécessitent une revalorisation bien supérieure au minimum exigé par la loi, pour permettre à ces espèces de survivre et aux populations de se rétablir. Un bon quart du territoire suisse est exploité sous forme de prairies et de pâturages. Or les espèces nichant au sol comme l’alouette ont besoin d’une période de 4 à 5 semaines pour réussir l’élevage d’une nichée. Le problème est que l’intervalle entre deux fauchages est trop court. L’ensilage et le séchage artificiel du foin, auxquels s’ajoute une fertilisation intensive, ont permis des fauchages plus fréquents en plaine. On arrive ainsi dans certaines régions jusqu’à 6 fauchages par année, le premier ayant lieu dès fin mars. Dans ces conditions, d’autres espèces comme le tarier des prés a quasiment disparu du Plateau suisse.

Indirectement d’autres espèces régressent, comme, par exemple, le vanneau huppé. Pour commencer, il faut savoir que ses sites de nidification d’origine, soit les prairies humides, ont été asséchées depuis très longtemps. Dès les années 50 le vanneau a été contraint de nicher dans les champs agricoles, où les conditions sont loin d’être idéales. L’un des problèmes majeurs réside dans la récolte des proies qui sont nettement moins abondantes que dans les milieux naturels. Il faut savoir que les agro-écosystèmes, par les traitements qu’ils subissent (labourage, cultures etc.) sont des écosystèmes maintenus artificiellement « jeunes » et où, par conséquent, les populations d’invertébrés ne peuvent se développer naturellement. Pour les jeunes vanneaux c’est l’hécatombe puisque 60% des oisillons meurent de faim au cours des cinq premiers jours de vie.

Les oiseaux ne sont pas des fainéants, en effet les parents travaillent souvent jusqu’à la limite de leurs capacités pour nourrir leurs oisillons. Si la chasse aux insectes, rendue plus longue à cause de leur diminution, un deuxième élément vient s’ajouter à cela, la distance à parcourir entre le nid et la source d’approvisionnement. Habituellement, les oiseaux, sans être des économistes (heureusement, ces derniers se trompent assez souvent dans leurs prévisions) placent leur nid à proximité immédiate des zones paraissant favorables pour le nourrissage. Par exemple la pie-grièche écorcheur chasse à l’affût depuis un piquet, construit son nid dans les buissons et recherche sa nourriture dans les prairies maigres, riches en insectes. Ainsi dans des paysages exploités de manières intensives, les parents parcourent une distance de l’ordre de 30 km par jour pour pouvoir nourrir leur progéniture qui ne compte alors que deux descendants en moyenne. En revanche des couples établis dans des zones diversifiées connaissent un rendement bien supérieur, puisqu’ils ne parcourent que 13 km par jour et élèvent en moyenne 3 à 4 jeunes.
Malgré un changement assez radical dans les contraintes de l’agriculture actuelle, il faut relever que ces efforts ne suffisent pas encore à résoudre les divers problèmes liés à la préservation des ressources et des espèces, mais la direction est bonne alors ne fléchissons pas, au contraire, recherchons les améliorations possibles.

Les oiseaux de nos campagnes, 2004. 34 p à commander à la station ornithologique suisse, 6204 Sempach ou www.vogelwarte.ch

 

une rubrique publiée par

  Musée cantonal de zoologie
Le 30.06.2004

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