L’avifaune
des zones cultivées en Suisse toujours dans le rouge
Le rapport
2004 de la Station ornithologique suisse de Sempach vient de sortir.
Il est consacré aux oiseaux de nos campagnes et dresse
un bilan plutôt pessimiste des espèces nicheuses.
En effet aujourd’hui 50% des oiseaux des campagnes sont
menacés et sont inscrits sur la Liste rouge des espèces
nicheuses menacées en Suisse. Les espèces qui nidifient
au sol figurent parmi les espèces les plus menacées
car leurs nids sont détruits à chaque fauchage.
D’autre part l’entomofaune étant relativement
rare dans les zones de culture intensive, les oiseaux ne trouvent
pas suffisamment de nourriture.
Or ceci est
un peu déprimant car depuis les années 90, les agriculteurs
créent des surfaces de compensation écologique,
mais la situation des oiseaux nicheurs ne s’améliore
pas. Les recherches menées par la Station ornithologique
suisse ont montré que les terres agricoles nécessitent
une revalorisation bien supérieure au minimum exigé
par la loi, pour permettre à ces espèces de survivre
et aux populations de se rétablir. Un bon quart du territoire
suisse est exploité sous forme de prairies et de pâturages.
Or les espèces nichant au sol comme l’alouette ont
besoin d’une période de 4 à 5 semaines pour
réussir l’élevage d’une nichée.
Le problème est que l’intervalle entre deux fauchages
est trop court. L’ensilage et le séchage artificiel
du foin, auxquels s’ajoute une fertilisation intensive,
ont permis des fauchages plus fréquents en plaine. On arrive
ainsi dans certaines régions jusqu’à 6 fauchages
par année, le premier ayant lieu dès fin mars. Dans
ces conditions, d’autres espèces comme le tarier
des prés a quasiment disparu du Plateau suisse.
Indirectement
d’autres espèces régressent, comme, par exemple,
le vanneau huppé. Pour commencer, il faut savoir que ses
sites de nidification d’origine, soit les prairies humides,
ont été asséchées depuis très
longtemps. Dès les années 50 le vanneau a été
contraint de nicher dans les champs agricoles, où les conditions
sont loin d’être idéales. L’un des problèmes
majeurs réside dans la récolte des proies qui sont
nettement moins abondantes que dans les milieux naturels. Il faut
savoir que les agro-écosystèmes, par les traitements
qu’ils subissent (labourage, cultures etc.) sont des écosystèmes
maintenus artificiellement « jeunes » et où,
par conséquent, les populations d’invertébrés
ne peuvent se développer naturellement. Pour les jeunes
vanneaux c’est l’hécatombe puisque 60% des
oisillons meurent de faim au cours des cinq premiers jours de
vie.
Les oiseaux
ne sont pas des fainéants, en effet les parents travaillent
souvent jusqu’à la limite de leurs capacités
pour nourrir leurs oisillons. Si la chasse aux insectes, rendue
plus longue à cause de leur diminution, un deuxième
élément vient s’ajouter à cela, la
distance à parcourir entre le nid et la source d’approvisionnement.
Habituellement, les oiseaux, sans être des économistes
(heureusement, ces derniers se trompent assez souvent dans leurs
prévisions) placent leur nid à proximité
immédiate des zones paraissant favorables pour le nourrissage.
Par exemple la pie-grièche écorcheur chasse à
l’affût depuis un piquet, construit son nid dans les
buissons et recherche sa nourriture dans les prairies maigres,
riches en insectes. Ainsi dans des paysages exploités de
manières intensives, les parents parcourent une distance
de l’ordre de 30 km par jour pour pouvoir nourrir leur progéniture
qui ne compte alors que deux descendants en moyenne. En revanche
des couples établis dans des zones diversifiées
connaissent un rendement bien supérieur, puisqu’ils
ne parcourent que 13 km par jour et élèvent en moyenne
3 à 4 jeunes.
Malgré un changement assez radical dans les contraintes
de l’agriculture actuelle, il faut relever que ces efforts
ne suffisent pas encore à résoudre les divers problèmes
liés à la préservation des ressources et
des espèces, mais la direction est bonne alors ne fléchissons
pas, au contraire, recherchons les améliorations possibles.
Les
oiseaux de nos campagnes, 2004. 34 p à commander à
la station ornithologique suisse, 6204 Sempach ou www.vogelwarte.ch