Les
lions mangeurs d’hommes du Tsavo avaient des problèmes
de dentition, était-ce vraiment la seule raison ? (suite
de la première partie)
Revenons à
nos deux lions mangeurs d’hommes tués en 1907 par
Patterson et dont les dépouilles sont conservées
au Field Museum of Natural History de Chicago. Premier point frappant,
ces deux individus ne possédaient pas de véritable
crinière, pourtant les deux spécimens étaient
des mâles adultes âgés d’environ 7 à
8 ans. Le deuxième point est nettement plus intéressant,
en effet en regardant en détail le squelette de nos deux
individus et plus particulièrement le crâne, l’un
de des deux chercheurs responsables de cette étude (T.
P. Gnoske) remarqua que la mâchoire présentait une
malformation due à la perte d’une canine. De plus
il semble que cette malformation ne devait pas être récente.
Ceci avait entraîné un glissement des canines vers
l’avant. Le deuxième spécimen présentait
lui aussi un problème de dents avec une canine inférieure
cassée et dont la surface présente était
très usée indiquant que cela devait aussi s’être
produit bien avant le décès de l’animal. Donc
à ce stade tout concourt pour nous indiquer que ces deux
individus avaient des problèmes de dents, que ces problèmes
auraient pu influencer négativement la capture de proies
habituelles et que par conséquent ils étaient devenus
mangeurs d’hommes. A première vue cela pourrait nous
satisfaire en nous apportant une explication rationnelle. Or les
chercheurs ne se sont pas arrêtés là et ils
ont poursuivis leurs recherches en essayant de savoir si d’autres
lions mangeurs d’hommes avaient existé en Afrique.
Sachez aussi que nos deux lions mangeurs d’hommes, selon
les données de Patterson, s’étaient aussi
attaqués à un âne et à des chèvres
avant d’êtres tués. D’autre part, de
nombreux poils avaient été retirés des mâchoires
de nos deux lions et conservés avec les peaux et les squelettes.
Une très récente analyse de ces poils a déjà
permis de montrer que les espèces suivantes étaient
concernées : zèbre, phacochère, impala, éland
et oryx, mais aucun poils d’Homo sapiens. Donc ces lions
n’étaient finalement pas exclusivement des mangeurs
d’hommes. Si l’on remonte un peu dans le temps, on
a découvert dans les représentations anciennes des
bushmen (Boshimans) des scènes de lions dévorant
des humains. D’ailleurs depuis le 19e siècle jusqu’à
nos jours il y a des cas rapportés d’attaques de
lions sur les humains. D’ailleurs il semble que le fameux
Livingstone lors de son voyage à travers l’Afrique
centrale ait trouvé à de nombreuses reprises des
restes humains, probablement proies d’un lion. Il commente
aussi cela par rapport aux caravanes d’esclaves qui effectuaient
de longues traversées avant d’arriver sur la côte
et dont bon nombre mourraient en route ou étaient simplement
abandonnés devenant une proie facile pour les lions.
Aujourd’hui le Service de la faune du Kenya tient un registre
des incidents entre carnivores et êtres humains et bétail.
Entre 1994 et 1998, un total de 121 incidents ont eu lieu dans
le parc national du Tsavo. Dans 93% des cas les lions étaient
responsables tandis que les 7 cas restants se partageaient entre
léopards, hyènes et guépards. Parmi tous
ces cas, deux causèrent mort d’hommes par les lions.
On peut dés lors se poser la question si finalement les
lions ne sont pas plutôt des opportunistes qui, sous certaines
conditions bien précises, ne se mettent pas à changer
de régime alimentaire. Si beaucoup de bruit avait entouré
« l’affaire des lions mangeurs d’hommes du Tsavo
», il ressort toutefois d’une analyse intensive des
rapports, écrits, carnets de voyages de voyageurs, scientifiques
et responsables locaux que de nombreux cas d‘interactions
entre homme et lion ont eu lieu tout au long du 20e siècle.
Cependant certaines conditions locales peuvent jouer un rôle
important et favoriser ces interactions comme la raréfaction
des proies habituelles, une diminution des capacités de
chasse ou encore le type d’environnement et conduire certains
lions à devenir des mangeurs d’hommes.