La véritable histoire des lions mangeurs d'hommes (suite) (23.03.03)

Les lions mangeurs d’hommes du Tsavo avaient des problèmes de dentition, était-ce vraiment la seule raison ? (suite de la première partie)

Revenons à nos deux lions mangeurs d’hommes tués en 1907 par Patterson et dont les dépouilles sont conservées au Field Museum of Natural History de Chicago. Premier point frappant, ces deux individus ne possédaient pas de véritable crinière, pourtant les deux spécimens étaient des mâles adultes âgés d’environ 7 à 8 ans. Le deuxième point est nettement plus intéressant, en effet en regardant en détail le squelette de nos deux individus et plus particulièrement le crâne, l’un de des deux chercheurs responsables de cette étude (T. P. Gnoske) remarqua que la mâchoire présentait une malformation due à la perte d’une canine. De plus il semble que cette malformation ne devait pas être récente. Ceci avait entraîné un glissement des canines vers l’avant. Le deuxième spécimen présentait lui aussi un problème de dents avec une canine inférieure cassée et dont la surface présente était très usée indiquant que cela devait aussi s’être produit bien avant le décès de l’animal. Donc à ce stade tout concourt pour nous indiquer que ces deux individus avaient des problèmes de dents, que ces problèmes auraient pu influencer négativement la capture de proies habituelles et que par conséquent ils étaient devenus mangeurs d’hommes. A première vue cela pourrait nous satisfaire en nous apportant une explication rationnelle. Or les chercheurs ne se sont pas arrêtés là et ils ont poursuivis leurs recherches en essayant de savoir si d’autres lions mangeurs d’hommes avaient existé en Afrique. Sachez aussi que nos deux lions mangeurs d’hommes, selon les données de Patterson, s’étaient aussi attaqués à un âne et à des chèvres avant d’êtres tués. D’autre part, de nombreux poils avaient été retirés des mâchoires de nos deux lions et conservés avec les peaux et les squelettes. Une très récente analyse de ces poils a déjà permis de montrer que les espèces suivantes étaient concernées : zèbre, phacochère, impala, éland et oryx, mais aucun poils d’Homo sapiens. Donc ces lions n’étaient finalement pas exclusivement des mangeurs d’hommes. Si l’on remonte un peu dans le temps, on a découvert dans les représentations anciennes des bushmen (Boshimans) des scènes de lions dévorant des humains. D’ailleurs depuis le 19e siècle jusqu’à nos jours il y a des cas rapportés d’attaques de lions sur les humains. D’ailleurs il semble que le fameux Livingstone lors de son voyage à travers l’Afrique centrale ait trouvé à de nombreuses reprises des restes humains, probablement proies d’un lion. Il commente aussi cela par rapport aux caravanes d’esclaves qui effectuaient de longues traversées avant d’arriver sur la côte et dont bon nombre mourraient en route ou étaient simplement abandonnés devenant une proie facile pour les lions.
Aujourd’hui le Service de la faune du Kenya tient un registre des incidents entre carnivores et êtres humains et bétail. Entre 1994 et 1998, un total de 121 incidents ont eu lieu dans le parc national du Tsavo. Dans 93% des cas les lions étaient responsables tandis que les 7 cas restants se partageaient entre léopards, hyènes et guépards. Parmi tous ces cas, deux causèrent mort d’hommes par les lions. On peut dés lors se poser la question si finalement les lions ne sont pas plutôt des opportunistes qui, sous certaines conditions bien précises, ne se mettent pas à changer de régime alimentaire. Si beaucoup de bruit avait entouré « l’affaire des lions mangeurs d’hommes du Tsavo », il ressort toutefois d’une analyse intensive des rapports, écrits, carnets de voyages de voyageurs, scientifiques et responsables locaux que de nombreux cas d‘interactions entre homme et lion ont eu lieu tout au long du 20e siècle. Cependant certaines conditions locales peuvent jouer un rôle important et favoriser ces interactions comme la raréfaction des proies habituelles, une diminution des capacités de chasse ou encore le type d’environnement et conduire certains lions à devenir des mangeurs d’hommes.

 

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  Musée cantonal de zoologie
Le 31.03.2003

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