Le coelacanthe, une très longue histoire (suite et fin) (24.07.05)

Récemment on a découvert une deuxième espèce en Indonésie et on commence à comprendre la biologie et l’évolution de ces espèces très particulières

La découverte du premier spécimen de coelacanthe remonte à 1938 mais le 30 juillet 1998, des pêcheurs qui mouillaient leurs filets près des côtes de l'Indonésie, à quelque 10 000 km de l'archipel des Comores, découvrirent une colonie entière de coelacanthes. En 1999, les poissons de cette colonie étaient identifiés comme appartenant à une espèce différente que l'on baptisa Latimeria menadoensis.
Ce sont des chercheurs allemands qui sont parmi les seules personnes à avoir observés des coelacanthes vivants dans des conditions naturelles. En 1987, une équipe de scientifiques dirigée par Hans Fricke, qui était allée observer le comportement des coelacanthes en sous-marin, fut témoin de prouesses acrobatiques que cette espèce semble être la seule à effectuer. Tous les coelacanthes capturés et remontés à la surface sont morts malgré les mesures prises pour les garder en vie. Ces chercheurs ont pu apercevoir des coelacanthes atteignant trois mètres et se reposant dans des grottes pendant le jour pour n’en sortir qu’à la nuit pour aller se nourrir. Ces coelacanthes se trouvent à une profondeur de 180 à 210 m. Les relevés thermiques semblent indiquer que ces poissons évoluent surtout dans des eaux dont la température est inférieur à 18°C. Jusqu’à la découverte de la population indonésienne, tous les coelacanthes, à l’exception de trois, dont celui pêché en 1938, proviennent de l’archipel des Comores. On présume que les autres se sont soit éloignés du groupe ou qu’ils ont été emportés vers le sud par les puissants courant au large du Mozambique.
Depuis 1952, des scientifiques de nombreuses disciplines ont abondamment étudié le coelacanthe. Les spécialistes de la biologie évolutive ont longtemps cru que l'espèce était proche parente de l'ancêtre de tous les tétrapodes (vertébrés à quatre pattes), y compris de l'Homo sapiens. En raison de leur habitat peu étendu et du nombre limité de spécimens toujours vivants, les deux espèces de coelacanthes sont protégées par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES). Il y a 400 millions d'années, il y avaient de nombreuses espèces de coelacanthes : les fossiles découverts ont permis d'identifier 125 espèces de coelacanthes.
La petite population vivant dans les profondeurs des Comores ne regroupe plus que quelques centaines de poissons. Le biologiste marin Hans Fricke et ses collègues de l'institut Max Planck en Allemagne, ont suivi cette petite population comorienne pendant dix ans, et ont étudié ces coelacanthes à l'aide d'un petit sous-marin. Ils ont identifié individuellement plus de cent individus et marqués plus d'une douzaine d'entre eux. Les premiers recensements, de 1987 à 1991, dénombraient une population stable d'environ 650 individus. Mais en 1994, leur nombre avait chuté de 30%. Dans un article publié dans le journal "Conservative Biology", Fricke et sa collègue Karen Hissmann ont estimé leur population à moins de 300 individus répartis sur 38 miles de côtes. Ils ont également lancé un cri d'alarme car la pêche intensive était, selon eux, responsable d'une diminution tellement rapide du nombre d'individus que l'espèce était en danger d'extinction à très court terme.
Si le coelacanthe venait à disparaître, il laisserait sans réponses de nombreuses questions, dont celle de la place du poisson dans l'évolution. Est-ce le coelacanthe, avec ses nageoires primitives en forme de membres, ou le dipneuste, ce poisson à poumons et branchies capable aussi bien de respirer de l'air que d'extraire l'oxygène de l'eau, qui serait le plus proche de la lignée qui a conduit aux amphibiens, et donc au reste des tétrapodes, jusqu'à nous ? La question reste ouverte, mais vous pouvez toujours venir voir un moulage du coelacanthe au Musée cantonal de zoologie à Lausanne.

 

une rubrique publiée par

  Musée cantonal de zoologie
Le 17.08.2005

Lausanne Palais de Rumine
Contact