Récemment
on a découvert une deuxième espèce en Indonésie
et on commence à comprendre la biologie et l’évolution
de ces espèces très particulières
La découverte
du premier spécimen de coelacanthe remonte à 1938
mais le 30 juillet 1998, des pêcheurs qui mouillaient leurs
filets près des côtes de l'Indonésie, à
quelque 10 000 km de l'archipel des Comores, découvrirent
une colonie entière de coelacanthes. En 1999, les poissons
de cette colonie étaient identifiés comme appartenant
à une espèce différente que l'on baptisa
Latimeria menadoensis.
Ce sont des chercheurs allemands qui sont parmi les seules personnes
à avoir observés des coelacanthes vivants dans des
conditions naturelles. En 1987, une équipe de scientifiques
dirigée par Hans Fricke, qui était allée
observer le comportement des coelacanthes en sous-marin, fut témoin
de prouesses acrobatiques que cette espèce semble être
la seule à effectuer. Tous les coelacanthes capturés
et remontés à la surface sont morts malgré
les mesures prises pour les garder en vie. Ces chercheurs ont
pu apercevoir des coelacanthes atteignant trois mètres
et se reposant dans des grottes pendant le jour pour n’en
sortir qu’à la nuit pour aller se nourrir. Ces coelacanthes
se trouvent à une profondeur de 180 à 210 m. Les
relevés thermiques semblent indiquer que ces poissons évoluent
surtout dans des eaux dont la température est inférieur
à 18°C. Jusqu’à la découverte de
la population indonésienne, tous les coelacanthes, à
l’exception de trois, dont celui pêché en 1938,
proviennent de l’archipel des Comores. On présume
que les autres se sont soit éloignés du groupe ou
qu’ils ont été emportés vers le sud
par les puissants courant au large du Mozambique.
Depuis 1952, des scientifiques de nombreuses disciplines ont abondamment
étudié le coelacanthe. Les spécialistes de
la biologie évolutive ont longtemps cru que l'espèce
était proche parente de l'ancêtre de tous les tétrapodes
(vertébrés à quatre pattes), y compris de
l'Homo sapiens. En raison de leur habitat peu étendu et
du nombre limité de spécimens toujours vivants,
les deux espèces de coelacanthes sont protégées
par la Convention sur le commerce international des espèces
de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES).
Il y a 400 millions d'années, il y avaient de nombreuses
espèces de coelacanthes : les fossiles découverts
ont permis d'identifier 125 espèces de coelacanthes.
La petite population vivant dans les profondeurs des Comores ne
regroupe plus que quelques centaines de poissons. Le biologiste
marin Hans Fricke et ses collègues de l'institut Max Planck
en Allemagne, ont suivi cette petite population comorienne pendant
dix ans, et ont étudié ces coelacanthes à
l'aide d'un petit sous-marin. Ils ont identifié individuellement
plus de cent individus et marqués plus d'une douzaine d'entre
eux. Les premiers recensements, de 1987 à 1991, dénombraient
une population stable d'environ 650 individus. Mais en 1994, leur
nombre avait chuté de 30%. Dans un article publié
dans le journal "Conservative Biology", Fricke et sa
collègue Karen Hissmann ont estimé leur population
à moins de 300 individus répartis sur 38 miles de
côtes. Ils ont également lancé un cri d'alarme
car la pêche intensive était, selon eux, responsable
d'une diminution tellement rapide du nombre d'individus que l'espèce
était en danger d'extinction à très court
terme.
Si le coelacanthe venait à disparaître, il laisserait
sans réponses de nombreuses questions, dont celle de la
place du poisson dans l'évolution. Est-ce le coelacanthe,
avec ses nageoires primitives en forme de membres, ou le dipneuste,
ce poisson à poumons et branchies capable aussi bien de
respirer de l'air que d'extraire l'oxygène de l'eau, qui
serait le plus proche de la lignée qui a conduit aux amphibiens,
et donc au reste des tétrapodes, jusqu'à nous ?
La question reste ouverte, mais vous pouvez toujours venir voir
un moulage du coelacanthe au Musée cantonal de zoologie
à Lausanne.