Fourmis

Recherches actuelles sur les fourmis :

Sexuée femelle de fourmi des bois (photo A. Freitag)  

Etude des interactions entre espèces de fourmis introduites aux Galápagos
Une recherche de Leïla von Aesch sous la direction de Daniel Cherix

L’archipel des Galápagos constitué d’îles volcaniques relativement récentes à l’échelle géologique compte près de 50% d’espèces endémiques, faune et flore confondues. Sur des écosystèmes isolés comme celui-ci, l’introduction d’espèces exotiques peut avoir des conséquences dramatiques. L’objectif de ce projet est d’évaluer l’évolution des populations de fourmis introduites sur l’île de Floreana et de tenter de mettre en évidence le type d’interaction qui existe entre les différentes espèces afin d’expliquer leur succès et de mieux comprendre les mécanismes favorisant leur expansion.
La première expédition de 2003 a montré que la répartition et l’abondance de certaines espèces introduites ont passablement varié au cours des sept dernières années (étude de 1996-1997), révélant un système très dynamique. L’utilisation d’appâts de nourriture sur le sol a permis de distinguer différentes stratégies de compétition au sein de cette communauté de fourmis.
 
Des fourmis partout… (photo : L. von Aesch)
     
 
Les expériences menées en 2004 ont permis d’observer de manière directe le comportement de confrontation de plusieurs espèces lorsqu’elles ont à défendre une source de nourriture. La comparaison de deux espèces dominantes s’est révélée particulièrement intéressante : Solenopsis geminata (fourmi de feu) modifie très peu son comportement en présence d’une espèce subordonnée et poursuit son activité de collecte de nourriture alors que Monomorium destructor devient immédiatement très agressive et s’attaque à la majorité des ouvrières adversaires présentes. Cette dernière a été recensée pour la première sur l’île de Floreana dans les années 80 et depuis ce temps elle est restée confinée dans la zone du village où elle a probablement été introduite. Il se pourrait que son comportement fortement agressif soit un obstacle à son expansion dans ce milieu déjà colonisé par plusieurs autres espèces de fourmis.
Comptage de fourmis sur un appât (photo : L. von Aesch)

La troisième et dernière expédition sur l’île de Floreana en novembre - décembre 2005 a pour but de tenter d’établir les facteurs responsables de la répartition et de l’abondance des espèces sur l’île au moyen d’une analyse multivariée. On cherche à déterminer si les conditions environnementales du milieu sont primordiales ou si les espèces sont plutôt dépendantes de la compétition avec les autres espèces.

Phylogeography of the Formica rufa group (red wood ants) across Europe
A research conducted by Christian Bernasconi and Daniel Cherix, in collaboration with Pekka Pamilo, Genetic Department, University of Oulu (Finland)

Due to their importance in forest ecosystems, wood ants (Formica rufa group) are protected in many European countries. Because of their morphological similarity and ability to hybridize, species identification can be very tough and the taxonomy of the group has always been controversial. At present time, the Formica rufa group includes six species: F. rufa, F. polyctena, F. lugubris, F. paralugubris, F. aquilonia and F. pratensis.
It has been shown that during the last ice age, numerous species sheltered in the southern parts of Iberia, Italy and the Balkans. The species re-expanded northwards when climatic conditions allowed them. Different forms, races and subspecies emerged from their separate refugia and formed hybrid zones when their ranges met. These hybrid zones can act as barriers to gene flow and promote the subdivision of a species. Previous studies showed that Formica pratensis, F. aquilonia, F. lugubris and F. paralugubris often coexist and could form hybrid zones in the Alps and Pyrenees.
In this study we use microsatellites and mtDNA to reconstruct the phylogeography of these species and to highlight possible refugia and hybrid zones.
 
During this work, numerous nests have been sampled across Europe
     
  The aims of our study are:

a) to assess the phylogeographic structure of Formica pratensis, F. aquilonia, F. lugubris and F. paralugubris across Europe

b) to analyze the genetic structure of Formica pratensis, F. aquilonia, F. lugubris and F. paralugubris within contact zones

c) to develop a new genetic tool for species identification

d) to clarify the taxonomy and the European distribution of the Formica rufa group.
Wood ants can build very big nests. This one is 1.7 meters high


Stratégie de reproduction des fourmis des bois : le cas de Formica lugubris, une espèce jumelle et sympatrique de Formica paralugubris
Etude effectuée par Arnaud Maeder et Daniel Cherix, en collaboration avec Anne-Geneviève Bagnères, Département des Sciences du Comportement, Université de Tours (France)

Au sein des fourmis des bois (genre Formica) nous pouvons identifier deux complexes d’espèces: d’une part le complexe F. rufa - F. polyctena - F. pratensis que l’on trouve à basses altitudes (< 800 m) et d’autre part le complexe F. lugubris - F. aquilonia que l’on trouve à hautes altitudes (> 800 m ; F. aquilonia étant limitée, en Suisse, au canton des Grisons).

La mise en évidence d’une nouvelle espèce décrite, en 1996, sous le nom de F. paralugubris espèce jumelle distincte, mais confondue auparavant avec F. lugubris a généré de nombreuses questions parmi lesquelles celles liées aux stratégies de reproduction.

Les données concernant F. paralugubris étant connues par une série de travaux récents. Il était indispensable de connaître les stratégies de reproduction de F. lugubris. Cette partie se déroule dans le Jura (Parc Jurassien Vaudois) et dans les Alpes (Parc National Suisse – Grisons). Ces deux sites profitent d’une protection qui permet à ces espèces, sensibles à l’activité humaine, de révéler leurs comportements originaux.
 
Mesure de la taille d'une fourmilière de Formica paralugubris sur le terrain (© C. LeBayon)
  Cette étude multidisciplinaire se base sur :

- des tests comportementaux (éthologie) pour mieux comprendre les stratégies de dispersion, d’accouplement et de fondation des jeunes reines
- des analyses génétiques pour décrire la structure sociale des populations étudiées (nombre de reines, stratégie de dispersion)
- des analyses physiologiques (quantité de lipides) afin de cerner les possibilités de dispersion et de fondation d’une jeune reine
- des analyses chimiques (hydrocarbures cuticulaires) pour expliquer la fondation par parasitisme social temporaire (introduction d’une jeune femelle dans le nid d’une autre espèce afin de prendre la place de la reine résidente), et pour étudier la variabilité intra-spécifique des profils cuticulaires (influence du nombre de reines…)
- une comparaison interspécifique avec F. paralugubris dont les stratégies de reproduction sont connues
- l’utilisation d’un système d’information géographique (SIG) et d’outils statistiques afin de caractériser la distribution des deux espèces jumelles en établissant un modèle de leur habitat ce qui facilitera leur gestion et leur protection.
Envol d’une femelle sexuée de Formica (photo A. Maeder)


Analyse de l’habitat de Formica pratensis : les talus de route comme milieu de substitution des prairies sèches ?
Recherche effectuée par Christel Dischinger, Anne Freitag et Daniel Cherix, en collaboration avec Anthony Lehmann, Centre Suisse de Cartographie de la Faune, Neuchâtel (Suisse)

Formica pratensis colonise les milieux ouverts tels que les prairies sèches, bordures de haies et lisières de forêts. Mais la disparition de ces milieux, liée à l’intensification de l’agriculture et à l’uniformisation du paysage, porte préjudice à l’espèce. Malgré sa protection au niveau suisse depuis 1966, Formica pratensis est inscrite sur la Liste Rouge des espèces menacées et ses populations sont en régression sensible.

Actuellement, cette fourmi se rencontre souvent sur les talus en bordure de route. Ce milieu de substitution, caractérisé par une végétation rase et une pente forte favorisant un ensoleillement optimal des fourmilières, présente l’inconvénient de subir de fortes perturbations. Le passage fréquent des épareuses sur les talus détruit régulièrement les nids et la pollution liée au trafic routier n’est pas sans effet sur les fourmis.
 
Prélèvement d’échantillon sur le terrain (photo D. Cherix)
     
 
Dans ce contexte, une étude sur Formica pratensis a été mise sur pied dans le canton de Vaud, visant trois objectifs :

a) obtenir un état des lieux de la distribution de Formica pratensis

b) déterminer les facteurs écogéographiques influençant sa distribution et identifier son habitat préférentiel

c) analyser la colonisation des talus en bord de route par Formica pratensis par rapport à son installation dans d’autres milieux, pour appréhender la problématique de la survie à long terme de l’espèce
Fourmilière de Formica pratensis dans un environnement typique: "coincée" entre des cultures et la route (© A. Freitag)


Evolution des populations de Formica exsecta au Parc national suisse
Par Daniel Cherix

Créé en 1914, le Parc national suisse situé dans les Grisons couvre une superficie de 172 km2 pour des altitudes comprises en 1600 et 3300 m. Grâce à son statut, le parc offre une occasion unique de suivre le développement des écosystèmes et des populations non soumises aux influences humaines directes.

Partant de ce constat, nous avons poursuivi les travaux de Kutter qui avait suivi depuis les années 1950 le développement des populations de Formica exsecta. Nous avons poursuivi ce travail dès 1984 et nous disposons aujourd’hui de données réparties sur plus de 50 ans qui nous permettent de déterminer les principaux facteurs naturels influençant la croissance et le développement des populations de cette espèce.

Chaque année, nous dénombrons les nouveaux nids, les nids abandonnés et les modifications paysagères locales (chute d’arbres, évolution de la végétation etc…). Ces données apportent non seulement des connaissances nouvelles sur la biologie de cette espèce, mais aussi les éléments indispensables à sa protection au niveau suisse, voire européen.
 
Nids de Formica exsecta au Parc national suisse


Actualisation de la liste rouge des fourmis des bois de Suisse
Par Daniel Cherix et Anne Freitag, en collaboration avec le Centre Suisse de Cartographie de la Faune, Neuchâtel (Suisse) et l'Office Fédéral de l’Environnement, des Forêts et du Paysage, Berne (Suisse)

 
Le groupe des fourmis des bois compte actuellement 7 espèces en Suisse, auxquelles on peut ajouter Formica uralensis éteinte depuis les années 1950. Sur ces 7 espèces, quatre sont considérées comme menacées suivant la première édition de la Liste Rouge des espèces animales menacées de Suisse (parue en 1994). Il s’agit de Formica rufa, F. polyctena, F. pratensis et F. truncorum. Les trois premières espèces trouvent leurs conditions optimales de la plaine jusqu’à l’étage collinéen.

Compte tenu du fait que ce sont justement les zones où les pressions négatives d’origines multiples (travaux forestiers, usage de pesticides dans les zones agricoles environnantes, dérangements par des véhicules, des promeneurs, etc.) sont maximales, il faut s’attendre à une régression certaine voire irrémédiable de ces espèces. C’est la raison pour laquelle nous travaillons à une réévaluation du statut de ces espèces au niveau suisse.
Fourmilière menacée par les travaux forestiers (photo : A. Freitag)

Ce projet a un double objectif:
a) obtenir un "état des lieux" pour les fourmis des bois à travers la Suisse,
b) réactualiser la liste rouge établie en 1994 en comparant la distribution actuelle avec les anciennes données à notre disposition.


  Musée cantonal de zoologie
Le 28.02.2006

Lausanne Palais de Rumine
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